MONDE

MONDE

Le terme de monde est utilisé dans des contextes très divers pour indiquer, d’une manière ou de l’autre, une totalité d’appartenance. Ainsi on parle du «monde grec» ou du «monde de la Renaissance», pour désigner des ensembles culturels spécifiques, situés dans notre passé historique et auxquels nous avons accès à travers un certain nombre d’œuvres qui sont venues jusqu’à nous. C’est en un sens fort voisin qu’on utilise des expressions telles que «le monde des mathématiques» ou «le monde de la musique». Ici aussi il s’agit de totalités culturelles. Mais, au lieu de considérer l’ensemble des manifestations culturelles propres à une époque, on considère l’ensemble des démarches et des objets qui peuvent être rassemblés sous une même idée directrice, par exemple celle des mathématiques ou de la musique. On recourt aussi au terme monde pour désigner une catégorie d’objets qui ont un mode d’être caractéristique. C’est en ce sens que ce terme est utilisé dans des expressions telles que «le monde des oiseaux» ou «le monde des particules élémentaires». Enfin, on donne au terme monde un sens tout à fait général, lorsqu’on l’emploie pour désigner soit l’ensemble de la nature, soit même l’ensemble de la réalité.

Ce qui est remarquable, c’est que, dans chacune de ses significations particulières, le terme de monde vise non pas une simple somme (d’objets, de propriétés, de comportements) mais un ordre de coappartenance. Il exprime donc un mode de compréhension unificateur, qui ne s’arrête pas à la particularité de ce qui est donné, ni aux caractères communs, dans ce qu’ils peuvent avoir de déterminé, ni même aux connexions singulières dans ce qu’elles ont de spécifique, mais qui ramasse pour ainsi dire tous les aspects particuliers dans le principe qui les lie tous les uns avec les autres au sein d’un même milieu englobant. Cela indique qu’il y a, dans les divers usages du terme de monde, un noyau de signification commun qui doit pouvoir être exprimé dans un concept approprié.

La phénoménologie a montré que le rapport à un monde est constitutif de l’existence humaine. En s’efforçant d’expliciter ce rapport, elle a forgé un concept de monde qui peut être considéré comme fondamental, en ce sens qu’il exprime la structure essentielle visée plus ou moins confusément dans les différents contextes où le langage ordinaire fait figurer le terme de monde. Le concept phénoménologique de monde se rapporte à l’expérience en tant que telle, considérée dans ses articulations constitutives, abstraction faite des interprétations dans lesquelles elle tente de se dire et de se comprendre elle-même (soit au niveau de l’attitude naturelle, soit au niveau du discours scientifique). Il appartient à l’élucidation de ce qui précède toute thématisation, de ce qui est toujours déjà exercé dans toute forme de comportement ou de catégorisation. Il a donc pour fonction de faire apparaître dans la pensée réfléchie un aspect essentiel de l’expérience préréfléchie, ou encore de la structure préréflexive de l’existant humain.

Mais la problématique du monde ne s’épuise nullement dans ce type d’analyse. La science de la nature utilise à sa manière un schème de totalisation dans lequel on retrouve, mais cette fois au niveau d’une conceptualisation scientifique, la problématique de totalisation qui était apparue au niveau du préréfléchi. Et, enfin, la réflexion philosophique sur la nature reprend cette même problématique dans l’horizon de la question du fondement. Il faut donc examiner le rôle de la notion de monde à ces trois niveaux.

1. Le monde de l’expérience préréfléchie

L’examen du comportement animal conduit tout naturellement à la notion d’environnement. Tout animal est placé dans un milieu extérieur avec lequel il est en relation; il en dépend mais en même temps il a une certaine prise sur lui. Ce milieu n’est pas homogène, il forme un ensemble articulé, il est fait d’objets utiles, nuisibles, familiers, étranges, etc., bref il est traversé de significations. Mais ces significations sont relatives à un système fixe de tendances, de besoins et de schémas de comportement, et forment elles-mêmes un réseau rigidement déterminé.

L’existant humain, par contre, ne peut être analysé dans les termes qui suffisent à caractériser un organisme. Certes, il est placé dans un milieu extérieur, il en subit les influences et il y agit; en tant qu’organisme il porte des besoins spécifiques. Mais il a la capacité remarquable de faire apparaître de nouveaux besoins et, corrélativement, de modifier les significations des objets extérieurs et de transformer les propriétés du milieu conformément à ses propres schémas organisateurs. Ainsi apparaissent, au-delà des significations biologiques, des significations culturelles qui sont en constante évolution. Ces significations se déposent en partie dans des objets artificiels (outils, ustensiles, parures, objets symboliques, etc.), mais elles couvrent aussi tout l’environnement naturel, c’est-à-dire toute la portion de la réalité naturelle qui est accessible à la perception humaine. (Les étoiles, par exemple, peuvent être interprétées à travers une représentation mythologique ou à travers les catégories de l’astrophysique.) Il y a donc mise en perspective de la réalité à partir d’un centre d’initiative et de compréhension qui est l’être humain lui-même. Par sa seule présence au milieu des choses, celui-ci les charge pour ainsi dire de valeurs et les distribue ainsi dans un champ différencié dont il assume pour lui-même la loi d’organisation.

La «mondanéité» de l’existant humain

La propriété la plus remarquable de ce champ, c’est qu’il n’est pas fini; en d’autres termes, qu’il n’est pas simplement un système fermé, d’objets, qualifiés d’une certaine manière. Il s’étend au-delà de tous les objets effectivement repérables, et se présente comme capable d’absorber indéfiniment de nouveaux objets, sans qu’il soit possible d’assigner une limite à ce pouvoir d’absorption. Cela signifie que, avant d’être un réseau de valeurs, il est la possibilité même de la valorisation, le principe en vertu duquel les objets qu’il rassemble peuvent être chargés de valeurs spécifiques. Autrement dit, le champ de significations qu’instaure l’existant humain n’est pas une totalité fermée, ni au sens d’une simple somme ni même au sens d’un système articulé fini, mais un principe de totalisation. C’est du reste pourquoi il n’est jamais établi une fois pour toutes. La modalité selon laquelle s’effectue la totalisation n’est déterminée ni par la nature des objets qui sont totalisés ni par des propriétés objectivables de l’existant humain (par exemple, par des besoins déterminés). Les mêmes objets peuvent être insérés dans des champs de signification différents, affectés de valeurs diverses, interprétés selon des perspectives multiples. Et, corrélativement, l’existant humain n’est pas caractérisé essentiellement par un ensemble de propriétés fixes, mais bien par le pouvoir qu’il possède de définir ses propriétés, de fixer ses besoins et ses intérêts, bref de déterminer ce qui a pour lui valeur.

Ce qui apparaît ainsi comme caractéristique, ce n’est pas que l’existant humain soit en fait placé dans un champ ouvert de significations, mais qu’il ait la capacité d’instaurer un tel champ. Si l’on appelle monde le champ de significations par rapport auquel l’existant humain se situe et à partir duquel il interprète toute réalité (y compris la sienne), on pourra dire que l’existence de l’homme a constitutivement un caractère mondain , c’est-à-dire qu’elle est par essence instauratrice d’un monde. La véritable question qui se pose est donc celle de la «mondanéité» de l’existant humain: en quoi consiste-t-elle et comment est-elle possible?

Pour répondre à cette question, il convient d’examiner tout d’abord la structure du monde. Il y a des mondes différents, mais en chacun on retrouve les mêmes traits essentiels: il y a une structure caractéristique, qui appartient à n’importe quel monde en tant précisément qu’il est un monde. Une première indication est donnée par l’analyse qui précède: un monde est un système ouvert de significations. Comment un tel système est-il possible? Pour qu’il y ait système, il faut que les significations (ou les valeurs) soient reliées les unes aux autres d’une manière déterminée. Autrement dit, il faut qu’elles renvoient les unes aux autres, selon des directions définies. Or il est précisément de la nature de la signification d’affecter l’objet porteur de diverses indications de renvoi.

Chaque signification en appelle plusieurs autres, dont chacune à son tour en appelle d’autres, et ainsi de suite. Il y a donc bien un système: les significations forment un réseau et, en quelque point qu’on se trouve, on peut passer, par des trajets définis, à n’importe quel autre point. Le réseau est donc connexe et, de plus, il est en général possible de passer d’un point à un autre par divers cheminements. Si l’on poursuit assez loin l’exploration du réseau, on finit par retrouver l’existant humain, non pas dans telle ou telle attribution bien déterminée (par exemple, en tant qu’utilisateur de tel instrument ou de tel symbole), mais dans ses possibilités ultimes. Nous utilisons des machines en vue de produire des biens, qui doivent nous permettre de nous maintenir en vie, mais aussi d’acquérir de nouvelles informations, de comprendre le monde qui nous entoure, de forger et de réaliser des projets, bref de faire exister une culture, de réassumer les significations déjà constituées, de les transformer, de faire naître de nouvelles significations. Les actes concrets par lesquels nous nous insérons dans un monde ont pour sens, en définitive, de rendre possible l’instauration d’un monde. Cette circularité indique que, à travers son monde, c’est lui-même que vise l’existant, non en tant qu’il déterminerait ainsi son propre contenu, mais en tant qu’il est, par essence, possibilité de monde, qu’il est constitutivement acte de position d’un monde et qu’il est rapport à lui-même à travers cet acte même.

Mais, s’il en est ainsi, on ne peut jamais atteindre une signification ultime; le renvoi à l’existant instaurateur n’est pas l’indication d’un terme final, mais au contraire l’indication du mouvement même en vertu duquel il y a un monde qui se déploie. Ce renvoi nous fait passer au-delà des significations particulières et fait apparaître un champ indéfini d’extensions possibles. Ce champ représente la possibilité inépuisable d’un prolongement des filières concrètes de significations effectivement accessibles à l’analyse. La possibilité comme telle est distincte du réseau d’indications qu’elle enveloppe et doit nécessairement le précéder; a fortiori précède-t-elle chaque nœud du réseau, c’est-à-dire chaque signification particulière. On peut la décrire comme un horizon. De même que, au plan de la perception visuelle, l’horizon est à la fois cette ligne non située qui enveloppe tous les objets visibles et ce fond indifférencié à partir duquel de nouveaux objets peuvent devenir visibles, ainsi, au plan de l’expérience tout entière, le monde est essentiellement cet englobant non déterminable qui tient ensemble toutes les significations (et, par leur intermédiaire, les objets qu’elles qualifient) et en même temps ce milieu insondable à partir duquel de nouvelles significations peuvent, toujours à nouveau, venir à se produire.

On peut donc caractériser le monde de deux manières: soit comme système indéfiniment extensible de significations, liées entre elles par la logique interne de leurs renvois mutuels, soit comme l’horizon à partir duquel ce système peut se déployer. Selon la première caractérisation, on le considère dans son contenu, dans son effectivité, dans sa texture concrète; selon la seconde, on le considère dans sa possibilité, dans son advenir, dans son déploiement. Ces deux aspects ne sont cependant pas juxtaposés; le premier est articulé au second comme ce qui est fondé à son fondement. Le monde n’est pas un tout achevé, mais une instauration toujours en voie de s’accomplir: il n’a donc sa pleine réalité que comme horizon. Mais un horizon n’est pas un contenant, ni un sens ultime, il est le lien intérieur de ce qui apparaît, l’affleurement, en chaque terme particulier, d’un mouvement de transgression qui renvoie de proche en proche à tous les autres et finalement à ce qui n’est plus un terme particulier, mais la possibilité même de toute particularité comme signifiante, c’est-à-dire le mouvement de transgression lui-même. Il n’a pas de figure concrète par lui-même, il précède toutes les figures, mais il est exigence de figuration; il ne peut donc être affectif comme horizon qu’en faisant apparaître précisément le réseau concret des significations selon lequel le monde se montre et peut être reconnu comme totalité déterminée.

La transcendance

Si telle est la structure du monde, on peut entrevoir ce qu’est la mondanéité de l’existant humain. Si le monde est primordialement horizon (et n’a son contenu qu’à partir de ce caractère), le rapport de l’existant à son monde doit être compris essentiellement comme rapport à un horizon. Sa manière propre de s’insérer dans la réalité, c’est de déployer autour de lui un système concret de significations, enserrant tout le réel dans un vaste réseau d’interprétation. Mais il ne peut opérer ce déploiement qu’en instaurant d’abord l’englobant non déterminé à partir duquel le réseau des significations pourra se constituer et s’étendre. Autrement dit, l’existant ne se donne son monde que dans la mesure où il a déjà dépassé tous les objets et toutes les significations pour s’inscrire dans l’indéfini d’une possibilité fondatrice. C’est en tant qu’il dépasse les objets vers l’horizon du monde qu’il les revêt de signification et les constitue ainsi comme nœuds d’un réseau unifié. La possibilité d’effectuer un tel dépassement constituant doit être considérée comme appartenant à la structure fondamentale de l’existence, c’est-à-dire du mode d’être caractéristique de l’existant humain. C’est la transcendance . En tant qu’il est existant, l’être humain est essentiellement sortie hors de lui-même, distance par rapport à soi, déhiscence. Mais il n’est cette effraction de ses propres limites que dans la mesure où, dans le mouvement même de se séparer de lui-même, il s’ouvre à la totalité de ce qui est accessible et ouvre ainsi le champ dans lequel pourra avoir lieu, pour lui, toute rencontre. La transcendance est à la fois sortie hors de soi et position du monde. Et la mondanéité de l’existant humain, c’est son appartenance nécessaire au monde qu’il se donne, c’est donc ce qui est constitué par la transcendance.

Or la transcendance n’est pas un simple rapport entre des termes; elle est la possibilité d’enjamber tout ce qui pourrait se présenter comme terme, elle est un mouvement d’illimitation. Le déploiement du monde, qu’elle accomplit, est donc position d’un infini (au sens d’un non-fini). C’est en s’accordant à cet infini que l’existant met en œuvre ses possibilités les plus radicales, se vit précisément comme existant. C’est par l’intermédiaire de son monde qu’il accède à lui-même; c’est seulement en se perdant que son être peut se retrouver. C’est en tant qu’il porte en lui à la fois la trace et l’annonce de l’existant que le monde est infini. Par là, il se situe dans un ordre de réalité qui est radicalement différent de celui des objets. Cela permet de comprendre qu’il n’est pas une somme d’objets ni un objet englobant, mais un milieu de sens. Si le monde est tel, la transcendance est genèse du sens, et c’est à ce titre qu’elle instaure le réseau de significations qui forme le contenu du monde: s’il y a apparition de significations et si les significations se lient les unes avec les autres de manière systématique, c’est précisément parce que la transcendance enveloppe déjà à l’avance, dans l’unité d’un même champ d’éclairement, toutes les déterminations concrètes qui, à quelque titre que ce soit, peuvent venir affecter l’existant.

L’analyse de la transcendance (et corrélativement de la mondanéité) doit se poursuivre dans deux directions. D’une part, il faut montrer quelle est sa structure interne: ici doit intervenir une théorie de la temporalité. Si l’existant ne peut se rejoindre qu’en se quittant, à travers un intervalle infini, c’est qu’il est à la fois toujours séparé de lui-même et toujours capable de se réidentifier à lui-même dans cette séparation même, c’est qu’il s’affecte sans cesse lui-même d’une altérité qui n’est elle-même qu’un moment dans une opération synthétisante. Le temps est précisément la forme dans laquelle l’existant se rapporte à lui-même comme écart par rapport à soi. Le passé représente ce qui s’est déjà éloigné, le futur représente la possibilité indéfinie de la séparation d’avec soi, et le présent est l’unification incessante de cette possibilité et de cet éloignement; il réassume sans relâche les deux versants de l’altérité, la distance qui s’est déjà creusée dans l’existant et celle qui s’annonce en lui inépuisablement.

D’autre part, il faut s’interroger sur ce qui rend possible la transcendance elle-même. Ici la perspective anthropologique, à laquelle appartient la problématique de la mondanéité, devrait faire place à une perspective ontologique. La possibilité, pour l’existant, de s’ouvrir un monde ne renvoie-t-elle pas elle-même à la donnée préalable d’un espace dans lequel, précisément, l’existant pourra déployer ses possibilités et ainsi instaurer un monde? Mais un tel espace, s’il doit ouvrir à la transcendance son champ d’effectuation, ne peut lui-même dépendre de l’existant. Il doit appartenir au contraire aux conditions mêmes qui définissent le statut de l’existant comme existant. Or ces conditions sont identiquement celles qui définissent la signification ontologique de l’existant. Si celui-ci peut s’accorder à la réalité dans laquelle il est immergé – et c’est bien là le sens de sa mondanéité –, c’est qu’il est constitué lui-même comme relation d’ouverture à l’égard de ce qui fonde la réalité. C’est l’être, en tant que fondement, qui donne à l’existant de pouvoir être l’ouverture qu’il est et de pouvoir, dès lors, vivre son rapport à la réalité et à lui-même comme rapport à un monde. Il apparaît ainsi qu’une élucidation radicale de la notion de monde doit conduire à une réflexion sur la nature du fondement et sur le rapport de l’existant au fondement. On peut trouver dans la pensée heideggérienne le développement d’une telle réflexion; en radicalisant la problématique de la mondanéité, elle a précisément réalisé un dépassement de l’analyse phénoménologique de la notion de monde vers une interprétation ontologique et fondatrice.

2. La conceptualisation scientifique

La notion de champ

La science moderne de la nature, de son côté, a élaboré un appareil conceptuel qui lui a permis de s’attaquer au problème de la structure globale de la réalité physique. C’est, comme on le sait, dans le cadre de la théorie de la relativité que ce développement s’est effectué. Le but d’Einstein, en passant de la relativité restreinte à la relativité générale, était de se débarrasser de la condition restrictive qui, dans la réalité restreinte comme dans la mécanique classique, imposait aux systèmes de référence d’être inertiaux, mais aussi de créer un cadre adéquat pour une théorie satisfaisante de la gravitation. Or le phénomène de gravitation demande à être représenté au moyen d’une notion de champ. Les propriétés gravitationnelles ont en effet un aspect potentiel. Ainsi l’attraction terrestre ne se manifeste effectivement que si l’on place un corps matériel dans le voisinage de la terre, mais il est normal d’admettre que, même en l’absence d’un corps témoin, il existe au voisinage de la terre un état physique qui donne lieu précisément aux phénomènes d’attraction qu’on peut observer. On peut décrire commodément cette situation en disant qu’il existe, en chaque point de ce voisinage, une force dont la grandeur dépend de la distance de ce point au centre de la terre, un champ de forces de forme déterminée, appelé champ de gravitation terrestre. Ce champ est une réalité continue, mais il ne se manifeste que là où se trouvent placés des corps témoins. Il a bien le caractère potentiel qu’on doit reconnaître aux propriétés gravitationnelles.

De façon générale, une théorie de la gravitation doit être capable de décrire comment se présentent les propriétés gravitationnelles en n’importe quel point de l’espace et à n’importe quel moment du temps. Autrement dit, elle doit pouvoir décrire le champ de gravitation universel et suivre son évolution dans le temps. L’idée fondamentale de la relativité générale est de considérer que le champ de gravitation est déterminé par la structure de l’espace-temps. Cette structure n’est pas euclidienne; on peut la décrire en donnant l’expression de la distance qui sépare un point M d’un autre point M infiniment voisin. Cette expression varie de point en point; elle dépend de certaines grandeurs qui sont des fonctions des coordonnées. Ce sont ces grandeurs qui caractérisent la structure de l’espace-temps (en ce sens qu’elles en donnent une description pour chaque région infinitésimale); par ce fait même, elles décrivent le champ de gravitation.

Cette idée peut être généralisée. Einstein lui-même a tenté de développer la théorie relativiste de la gravitation dans le sens d’une théorie généralisée du champ. Le but qu’il propose à une telle théorie est de représenter complètement la réalité physique sous forme d’un champ. C’est à la réalisation progressive de ce but que s’attachent les différents essais théoriques qui tentent d’unifier sous la forme d’un champ unique la représentation des phénomènes gravitationnels et celle des phénomènes électromagnétiques, et également ceux qui tentent de ramener à une description en termes de champ les phénomènes corpusculaires. À la suite d’Einstein, Wheeler a reformulé le programme einsteinien d’une théorie générale du champ sous le titre de géométrodynamique. L’hypothèse de base, qui sert de fil conducteur à l’entreprise, est que tous les phénomènes physiques peuvent être interprétés comme des manifestations de la structure géométrique de l’espace-temps. Le terme géométrodynamique indique que, dans cette perspective, la géométrie doit être considérée comme munie d’une dynamique: la structure de l’espace-temps n’est pas rigide, mais elle obéit à des équations différentielles qui règlent son comportement.

Univers et totalisation

Comme on le sait, les développements de la théorie relativiste de la gravitation sont étroitement liés à ceux de la cosmologie. Il est normal qu’une théorie générale du champ gravitationnel (liant la structure de l’espace-temps à la distribution de la matière-énergie dans l’espace-temps) serve de cadre à l’élaboration de modèles cosmologiques, dont le but est de fournir une représentation de la structure d’ensemble de l’univers et de son évolution. La notion de champ, traitée en termes géométriques, donne donc un accès théorique à la totalité de l’univers. À vrai dire, ce terme d’univers, dans le contexte dont il s’agit, peut être compris de deux manières: soit comme l’ensemble des points de l’espace-temps qui peuvent être reliés à l’ici-maintenant par une propagation effective d’effets physiques (c’est-à-dire comme l’ensemble des événements qui peuvent nous affecter maintenant ou dans l’avenir, et de ceux que nous avons pu affecter dans le passé ou que nous pourrons affecter dans l’avenir), soit comme l’ensemble le plus vaste d’objets auxquels peuvent s’appliquer les lois de la physique. Quel que soit le point de vue adopté cependant, nous nous trouvons en présence, en tout cas, d’une conceptualisation totalisante.

Or c’est l’absorption des concepts physiques dans la structure de l’espace-temps qui rend possible cette totalisation. L’espace-temps ne se présente plus comme un milieu dans lequel sont plongés les objets physiques et dans lequel se déroulent les processus physiques, mais comme le fond universel à partir duquel se produisent les événements qui nous apparaissent comme des processus affectant des objets. Par rapport aux objets (particules, systèmes de particules, rayonnements) et aux processus (déplacements, interactions, propagations), il a donc un caractère a priori; il précède tous les phénomènes particuliers et d’une certaine manière les précontient. Il n’est donc pas simplement un ensemble cohérent de phénomènes, il est la possibilité même de tous les phénomènes, la puissance à partir de laquelle des phénomènes peuvent avoir lieu et en même temps le champ de leur apparition. Il n’est donc pas lui-même de l’ordre du phénomène; on pourrait dire qu’il représente la phénoménalisation des phénomènes, à la fois leur origine et le mouvement de leur production.

Une théorie généralisée du champ serait donc véritablement une pensée du monde, en ce sens qu’elle constituerait une représentation de l’horizon universel qui enveloppe tous les phénomènes physiques possibles (c’est-à-dire qui peuvent avoir un sens pour nous, soit au sens de ce qui peut être physiquement relié à l’ici-maintenant, soit au sens de ce qui relève des lois physiques). Dans ce contexte, le monde n’est autre que l’univers physique en tant qu’il constitue l’englobant ultime de tous les phénomènes physiques et en tant que, comme tel, il est représenté dans une structure de type géométrique. Si celle-ci peut constituer une théorie du monde, c’est parce qu’un espace (au sens mathématique) est par rapport à ses propriétés locales comme un monde par rapport aux objets qu’il totalise: il est à la fois ce qui fournit des lieux d’apparition à ces propriétés, la concaténation systématique de ces lieux et la raison d’être de l’apparition des propriétés. L’espace est fondateur, en ce sens qu’il engendre ses propriétés locales à partir de sa structure globale: il est la donnée a priori de toutes ses particularités, liaison, dans l’unité qu’il est lui-même, de son propre divers, distribution de ses propres parties à partir de son autoconstitution comme tout.

3. L’horizon de la question du fondement

Déjà, comme on l’a vu, l’analyse de la notion de monde dans le contexte d’une réflexion sur l’expérience préréfléchie conduit à une problématique de fondement. Mais l’étude de la nature, telle que la pratique la science, semble devoir soulever également, de son côté, un problème de fondement. La physique a donc créé des concepts qui ont un pouvoir totalisant à l’égard des phénomènes de la nature. Ces concepts eux-mêmes s’inscrivent à l’intérieur de certaines présuppositions, ils mettent en jeu une idée de la nature qu’il appartient à une réflexion ontologique de tenter d’élucider. La question qui se pose ici pourrait être formulée de la façon suivante: comment faut-il penser l’être des étants naturels pour comprendre qu’ils puissent se prêter à une interprétation géométrisante? Certes, l’idée d’une représentation intégrale en termes de champ n’est encore, pour l’instant, qu’un programme, mais en elle se révèle déjà une vision globale de la nature. Selon cette vision, la nature n’est pas un système de choses liées entre elles par des interactions diverses, mais un système de potentialités qui précontient en quelque sorte toutes les manifestations phénoménales (particules diverses, charges électriques, mouvements, interactions entre matière et rayonnement, etc.).

On ne peut perdre de vue cependant qu’une théorie du champ, même très généralisée, ne concerne que les processus les plus généraux de la nature. Il faut encore tenir compte de ce qu’on pourrait appeler son aspect architectural: la nature se présente à nous sous la forme d’une multiplicité de formes qu’on peut classer par ordre croissant de complexité depuis les édifices atomiques jusqu’aux formes vivantes les plus évoluées. Chaque niveau de complexité présuppose nécessairement les précédents: à toute forme correspond une structure caractéristique, et une structure ne peut être réalisée que sur un support d’une complexité appropriée. Ainsi la cellule vivante représente une configuration qui est portée par certaines macromolécules dont les interactions mutuelles rendent compte des propriétés caractéristiques de la cellule. Une théorie complète de la nature devrait expliquer comment les formes s’élaborent les unes à partir des autres. On peut se demander si une théorie de ce genre, le jour où elle sera construite, pourra prendre la forme d’une théorie du champ. En tout cas, le programme actuel d’une théorie généralisée du champ se propose de rendre compte de l’aspect granulaire de la matière. Or c’est là un trait fondamental de la nature, qui est à la base de toutes les architectures qu’elle a élaborées. La notion de champ, telle qu’on peut la penser aujourd’hui, représente donc à tout le moins le substrat universel sur le fondement duquel peuvent se construire les formes.

Du point de vue d’une réflexion fondationnelle, ce substrat représente l’appartenance des étants naturels, considérés dans toute la variété de leurs formes et dans toutes leurs interrelations, à un milieu commun d’émergence qui prescrit à l’avance les possibilités selon lesquelles ils s’actualisent et interagissent les uns avec les autres. Ce qu’il faut comprendre, c’est précisément comment les étants naturels sont constitués par cette appartenance. Pour cela, il faut invoquer, semble-t-il, une instance qui ne soit pas elle-même un étant mais le principe qui lie tous les étants dans une communauté d’origine et de destination. En tant qu’ils sont ainsi liés, les étants naturels forment une totalité, que l’on peut désigner par le terme de monde, pris ici selon le sens ancien de kosmos . Le monde ainsi entendu n’est pas le système achevé de toutes les formes naturelles mais plutôt le mouvement de leur production. Penser les formes dans leur coappartenance, c’est les penser à partir d’un jaillissement originel qui les tient à l’avance toutes ensemble dans l’indétermination d’une virtualité pure et les projette au lieu de leur apparition concrète par un acte différenciateur qui les revêt de la figure qu’elles ont en propre.

L’analyse scientifique s’efforce de retrouver les différents moments de cette genèse. La notion de champ correspond à une première structuration: en dotant l’espace-temps de propriétés physiques, elle décrit la différenciation comme distribution en des lieux et en des instants marqués par des possibilités caractéristiques (qui pourront être interprétées, à un certain plan, comme manifestation de forces gravitationnelles, de charges, etc.). La description des différents paliers d’organisation de la nature indique comment se prolonge le processus de structuration jusqu’aux formes les plus hautement différenciées. Mais la pensée spéculative doit réinsérer tous ces moments dans une trajectoire unique, dans un grand acte ininterrompu de déploiement. C’est précisément le concept de monde qui peut lui donner le moyen d’interpréter la structuration de la nature comme effet visible d’une opération productrice, à la fois différenciatrice et unifiante. L’être des étants naturels doit être compris, à partir d’une telle interprétation, comme la trace en eux de cette opération, donc comme un principe capable d’assurer à la fois leur position dans la différence, en vue de leur manifestation concrète, et leur insertion dans le processus universel de la diakosmesis , de la constitution de la nature comme monde.

Mais le concept de monde n’est encore qu’un concept intermédiaire. Il doit être lui-même interrogé quant à son fondement ontologique, c’est-à-dire dans l’horizon de la question de l’être, qui est l’horizon ultime de toutes les questions. C’est aussi dans cette perspective que doit être élucidée en définitive la question de l’être des étants naturels. C’est en tant qu’ils forment un monde qu’ils ont part à l’être et, par conséquent, comme on l’a souligné, leur caractère «cosmique» fait partie de leur être même. Mais comment, au juste, le monde médiatise-t-il cette participation? Faut-il rattacher le monde lui-même, comme production universelle, à une source ontologique, à un acte posant originaire? Faut-il en faire le lieu unique et total de la manifestation de l’être, ou seulement un moment de cette manifestation? Est-il seulement en vue de lui-même ou s’inscrit-il dans un mouvement qui vient de plus loin et va plus loin que lui? C’est seulement dans une réflexion sur ces questions que le sens du concept du monde pourrait être pleinement élucidé. La pensée cosmologique doit être reprise et fondée dans une pensée ontologique. Mais elle contribue à ouvrir le champ de questions à partir duquel une telle pensée peut commencer à se constituer.

monde [ mɔ̃d ] n. m.
XIIe; lat. mundus
I
1L'ensemble formé par la Terre et les astres visibles, conçu comme un système organisé. cosmos, univers. Les Anciens plaçaient la Terre au centre du monde.
Le système planétaire auquel appartient la Terre, et par ext. Les systèmes comparables pouvant exister dans l'univers. « Le Soleil est au centre de notre monde planétaire » (Voltaire).
Tout corps céleste comparé à la Terre. « le Dieu qui fait les mondes, Le ver qui les détruit » (Hugo). « Entretiens sur la pluralité des mondes », de Fontenelle. « La Guerre des mondes », roman de H.-G. Wells.
2L'ensemble de tout ce qui existe. macrocosme, univers. Conception du monde. « Je crois donc que le monde est gouverné par une volonté puissante et sage » (Rousseau). Loc. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes (maxime des optimistes). — L'univers, par opposition à l'homme. Connaissance du monde. L'homme et le monde. nature. Se prendre pour le nombril, le centre du monde. Création du monde. genèse. Fin du monde. apocalypse. Refaire le monde. Loc. Depuis que le monde est monde : depuis toujours. C'est vieux comme le monde.
3(Qualifié) La totalité des choses, des concepts d'un même ordre (considéré comme un aspect de l'univers). Le monde de la pensée et le monde physique. Monde extérieur, sensible, visible, des apparences. Philos. Monde des essences, des idées.
4Par ext. Ensemble de choses considéré comme formant un petit univers ( microcosme), un domaine à part. Le monde de la folie. Le monde poétique, de l'art. (Dans le domaine matériel) Le monde des abeilles, le monde végétal. Le monde du silence.
Loc. Faire tout un monde de qqch., en exagérer l'importance, les difficultés. Il s'en fait tout un monde. s'exagérer (cf. Se faire une montagne de qqch.). Fam. C'est un monde ! c'est énorme, exagéré (marque l'indignation). Il y a un monde entre... abîme. Un monde les sépare.
IILa Terre, habitat de l'homme; l'humanité.
1La planète Terre. globe, terre. Spécialt La surface terrestre, où vivent les hommes. Les cinq parties du monde. 2. continent. Carte du monde. mappemonde. Qui concerne le monde entier. mondial, universel. Citoyen du monde. cosmopolite; mondialisme. Courir, parcourir le monde, le vaste monde. Tour du monde, voyage autour du monde. Connaître le monde entier. Loc. fam. Le monde est petit ! se dit lorsqu'on rencontre qqn à l'improviste, dans un lieu où on ne l'attendait pas. « [Paris] ce nombril du monde » (Hugo). Loc. C'est le bout du monde, très loin. Fig. Ce n'est pas le bout du monde : ce n'est pas difficile. C'est bien le bout du monde si, ce serait le bout du monde : ce serait étonnant. Pour tout l'or du monde. De par le monde : à travers la terre entière. Un peu partout dans le monde. Le plus grand barrage du monde. Les sept merveilles, la huitième merveille du monde. Champion, championnat du monde. Miss Monde.
Le Nouveau Monde : l'Amérique. L'Ancien Monde : le monde tel qu'il était connu des Anciens (Europe, Afrique et Asie). La Revue des Deux Mondes.
2Relig. Le monde, ce monde, ce bas monde (cf. Ici-bas), opposé à l'autre monde, que les âmes sont censées habiter, après la mort ( au-delà) . En ce monde et dans l'autre. « Mon royaume n'est pas de ce monde » ( ÉVANGILE saint Jean). Loc. cour. Mépriser les biens de ce monde. Envoyer, expédier qqn dans l'autre monde, le tuer. Il n'est plus de ce monde : il est mort. La perfection n'est pas de ce monde, n'existe pas. — Fig. Avoir des idées de l'autre monde, très étranges, incompréhensibles.
3(Le monde, lieu et symbole de la vie humaine). AU MONDE. Mettre un enfant au monde. accoucher, enfanter. Venir au monde. naître. Être seul au monde, dans la vie.
4La société, la communauté humaine vivant sur la terre; le genre humain. humanité, société. Histoire du monde. Le monde entier s'en est ému. Loc. Ainsi va le monde. Du train où va le monde. À la face du monde : ouvertement, en public.
5La société, telle qu'elle se présente à une époque donnée ou dans un milieu géographique déterminé. L'avènement d'un monde meilleur. La fin d'un monde, d'une époque, d'un état social, d'un régime. Le monde ancien; le monde moderne. « Regards sur le monde actuel », de Valéry. « Je suis venu trop tard dans un monde trop vieux » (Musset). Le monde antique. Le monde capitaliste et le monde communiste. Le tiers-monde, le quart-monde (voir ces mots).Loc. Il faut de tout pour faire un monde, se dit pour excuser l'état ou les goûts des gens. « C'est dégueulasse, mais il faut de tout pour faire un monde » (Queneau). C'est le monde renversé (1690) , le monde à l'envers, se dit pour désigner une dérogation à l'ordre normal des choses (dans une société donnée).
6T. augment. des affirmations ou des négations. — DU MONDE, renforçant un superl. C'est le meilleur homme du monde. La plus belle fille du monde. Le plus vieux métier du monde. Mod. Le mieux du monde. Pas le moins du monde.
♢ AU MONDE, renforçant tout, rien, aucun. Pour rien au monde. jamais (cf. À aucun prix). Faire tout au monde pour. s'efforcer. Personne au monde ne pourrait le remplacer. Unique au monde.
IIIAspect ou portion de la société; vie en société opposée à d'autres aspects de la vie humaine.
1(XIVe) Relig. La vie profane. mondain (1o). Renoncer au monde. Spécialt La vie séculière, par opposition à la vie monastique. siècle.
2La vie en société, considérée surtout dans ses aspects de luxe et de divertissement; l'ensemble de ceux qui vivent cette vie ( mondain, mondanité). « J'ai de grands projets de dissipation : je compte aller beaucoup dans le monde » (Stendhal). Être répandu dans le monde, dans les salons. Le beau, le grand monde. aristocratie, gentry. Homme, femme du monde, de la haute société, qui a des manières raffinées. Gens du monde. Le demi-monde (voir ce mot).
Absolt et vx La pratique de la vie mondaine. « J'ai du monde, et je sais ce que c'est que la vie » (Gautier).
3Milieu ou groupement social particulier. Être du même monde. milieu. Il n'est pas de notre monde. Le monde des affaires, des lettres, du spectacle.
IVPar ext. Les hommes.
1 ♦ LE MONDE; DU MONDE : les gens, des gens; un certain nombre de personnes. Il y a beaucoup de monde, trop de monde; il n'y a pas grand monde, presque personne. Il y a du monde ? qqn ? (en entrant dans une maison, un magasin vide). Loc. Se moquer, se ficher, se foutre du monde. Spécialt Beaucoup de gens. Spectacle où il y a du monde. Il y a un monde fou. foule. Fam. Il y a du monde au balcon. Spécialt Avoir du monde chez soi, à dîner, des invités.
(1180) TOUT LE MONDE : chacun. Il ne peut jamais faire comme tout le monde. Il raconte son histoire à tout le monde (cf. À tout-venant). Tout le monde est servi ? Il n'y en aura pas pour tout le monde. Loc. PROV. La rue est à tout le monde. Fam. Tout le monde il est gentil (présentation rassurante de la société). Monsieur Tout-le-monde : n'importe qui, le premier venu, l'homme moyen.
2Vx Personnel au service de qqn. Bien choisir son monde. Par ext. Les gens à qui on a affaire, que l'on reçoit, que l'on fréquente, que l'on emploie. Elle a tout son monde près d'elle. Où va tout ce petit monde ? ces enfants.

monde nom masculin (latin mundus) Ensemble de tout ce qui existe, de façon réelle et concrète ; univers : Les conceptions du monde. La création du monde. Littéraire. Système solaire : Les théories sur l'origine du monde. La Terre, la surface terrestre, le globe terrestre (510 millions de km2 dont 149 millions de terres émergées) : Faire le tour du monde. La nature, ce qui constitue l'environnement des êtres humains : L'enfant découvre le monde. Ensemble des êtres humains vivant sur la Terre (6 milliards d'habitants) : Le monde entier s'indigne devant tant de misère. Un nombre indéterminé de personnes : Il y a du monde pour nous servir ? Un nombre important de personnes : Il n'y a pas grand monde. Vieux. Personnes qui sont au service de quelqu'un : Elle a besoin d'avoir tout son monde autour d'elle. Personnes à qui on a habituellement affaire : Laissez-le faire, il connaît bien son monde. Milieu, groupe social défini par une caractéristique, un type d'activité ; personnes qui en font partie : Le monde des arts. Nous ne sommes pas du même monde. Ensemble de choses ou d'êtres formant un tout à part, organisé, un microcosme : Le monde des insectes. Le monde de l'électronique. Ensemble de choses abstraites, de concepts du même ordre, considéré globalement : Le monde des idées. Ensemble des personnes constituant les classes sociales les plus aisées, la haute société, considérée dans ses activités spécifiques, son luxe : Les gens du monde. Littéraire. Vie séculière, profane, par opposition à la vie spirituelle : Moine qui a fui le monde. Écart important, grande différence : Il y a un monde entre ces deux conceptions. Héraldique Boule entourée horizontalement d'un anneau relié à un demi-anneau qui entoure la moitié supérieure et qui est surmontée d'une croix. Marine Équipage ou partie de l'équipage d'un navire. ● monde (citations) nom masculin (latin mundus) Louis Aragon Paris 1897-Paris 1982 Jusqu'ici, les romanciers se sont contentés de parodier le monde. Il s'agit maintenant de l'inventer. Blanche ou l'Oubli Gallimard Louis Aragon Paris 1897-Paris 1982 Mon Dieu, comme le monde est encore jeune et beau ! Préface à la traduction française de « Michael Kolhaas » Éditeurs français réunis Jacques Audiberti Antibes 1899-Paris 1965 Si les cœurs étaient clairs, le monde serait clair. Le Mal court Gallimard Simone de Beauvoir Paris 1908-Paris 1986 Il m'était plus facile de penser un monde sans créateur qu'un créateur chargé de toutes les contradictions du monde. Mémoires d'une jeune fille rangée Gallimard Samuel Beckett Foxrock, près de Dublin, 1906-Paris 1989 Les larmes du monde sont immuables. Pour chacun qui se met à pleurer, quelque part un autre s'arrête. Il en va de même du rire. En attendant Godot Éditions de Minuit Georges Bernanos Paris 1888-Neuilly-sur-Seine 1948 Le monde va être jugé par les enfants. Les Grands Cimetières sous la lune Plon Paul, dit Tristan Bernard Besançon 1866-Paris 1947 C'est Dieu qui a créé le monde, mais c'est le Diable qui le fait vivre. Contes, Répliques et Bons Mots Livre-Club du Libraire François Béroalde de Verville Paris 1556-Tours 1629 — Mais de quoi sont composées les affaires du monde ? — Du bien d'autrui. Le Moyen de parvenir Louis Bourdaloue Bourges 1632-Paris 1704 […] Nous voulons nous convertir quand nous serons rebutés du monde ou plutôt quand le monde sera rebuté de nous. Sermon sur la pénitence Charles de Brosses Dijon 1709-Paris 1777 Chez nos femmes qui sont revenues du monde, c'est-à-dire dont le monde est revenu […]. Voyage en Italie Jean Cayrol Bordeaux 1911 Il n'y a ni regard, ni paysage, ni fait divers qui ne recèle le reste du monde, en toute propriété. Histoire d'une prairie Le Seuil Louis Ferdinand Destouches, dit Louis-Ferdinand Céline Courbevoie 1894-Meudon 1961 La conscience n'est dans le chaos du monde qu'une petite lumière, précieuse mais fragile. Semmelweis Gallimard Sébastien Roch Nicolas, dit Nicolas de Chamfort près de Clermont-Ferrand 1740-Paris 1794 Académie française, 1781 Les gens du monde ne sont pas plus tôt attroupés qu'ils se croient en société. Maximes et pensées Sébastien Roch Nicolas, dit Nicolas de Chamfort près de Clermont-Ferrand 1740-Paris 1794 Académie française, 1781 La meilleure philosophie, relativement au monde, est d'allier, à son égard, le sarcasme de la gaieté avec l'indulgence du mépris. Maximes et pensées Sébastien Roch Nicolas, dit Nicolas de Chamfort près de Clermont-Ferrand 1740-Paris 1794 Académie française, 1781 On est plus heureux dans la solitude que dans le monde. Cela ne viendrait-il pas de ce que, dans la solitude, on pense aux choses et que dans le monde on est forcé de penser aux hommes. Maximes et pensées René Char L'Isle-sur-la-Sorgue, Vaucluse, 1907-Paris 1988 Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience. Fureur et mystère Gallimard Paul Claudel Villeneuve-sur-Fère, Aisne, 1868-Paris 1955 L'homme connaît le monde non point par ce qu'il y dérobe mais par ce qu'il y ajoute. Art poétique Mercure de France Paul Claudel Villeneuve-sur-Fère, Aisne, 1868-Paris 1955 Ouvrez les yeux ! Le monde est encore intact ; il est vierge comme au premier jour, frais comme le lait ! Art poétique Mercure de France Prosper Jolyot de Crais-Billon, dit Crébillon fils Paris 1707-Paris 1777 De toutes les vertus, celle qui, dans le monde, m'a toujours paru réussir le moins à celui qui la pratique, c'est la modestie. Les Égarements du cœur et de l'esprit Alphonse Daudet Nîmes 1840-Paris 1897 Les femmes sont héroïques pour souffrir dans le monde, leur champ de bataille. La Doulou Librairie de France Denis Diderot Langres 1713-Paris 1784 Le monde est la maison du fort. Éléments de physiologie Denis Diderot Langres 1713-Paris 1784 Tout s'anéantit, tout périt, tout passe ; il n'y a que le monde qui reste. Il n'y a que le temps qui dure. Salon de 1767 Georges Duhamel Paris 1884-Valmondois, Val-d'Oise, 1966 Académie française, 1935 L'homme est incapable de vivre seul, et il est incapable aussi de vivre en société. Le Désert de Bièvres Mercure de France Georges Duhamel Paris 1884-Valmondois, Val-d'Oise, 1966 Académie française, 1935 Le monde est créé pour être recréé. Deux Hommes Mercure de France Eugène Grindel, dit Paul Eluard Saint-Denis 1895-Charenton-le-Pont 1952 Jeunesse ne vient pas au monde elle est constamment de ce monde. Le Phénix, la Petite Enfance de Dominique, VI Seghers Eugène Grindel, dit Paul Eluard Saint-Denis 1895-Charenton-le-Pont 1952 Il ne faut pas de tout pour faire un monde. Il faut du bonheur et rien d'autre. Poésie ininterrompue, le Château des pauvres Gallimard Eugène Grindel, dit Paul Eluard Saint-Denis 1895-Charenton-le-Pont 1952 L'homme n'est pas vieux comme le monde, il ne porte que son avenir. Première Anthologie vivante de la poésie du passé, Préface Seghers Paul Fort Reims 1872-Argenlieu, près de Montlhéry, Essonne, 1960 Si toutes les filles du monde voulaient s'donner la main, tout autour de la mer elles pourraient faire une ronde. Si tous les gars du monde voulaient bien êtr'marins, ils f'raient avec leurs barques un joli pont sur l'onde. Alors on pourrait faire une ronde autour du monde, si tous les gens du monde voulaient s'donner la main. Ballades françaises Flammarion Anatole François Thibault, dit Anatole France Paris 1844-La Béchellerie, Saint-Cyr-sur-Loire, 1924 Académie française, 1896 […] Sans l'ironie, le monde serait comme une forêt sans oiseaux. La Vie littéraire Calmann-Lévy André Gide Paris 1869-Paris 1951 Le monde ne sera sauvé, s'il peut l'être, que par des insoumis. Journal Gallimard André Gide Paris 1869-Paris 1951 C'est une vaine ambition que de tâcher de ressembler à tout le monde, puisque tout le monde est composé de chacun et que chacun ne ressemble à personne. Le Prométhée mal enchaîné Gallimard Nicolas Joseph Florent Gilbert Fontenoy-le-Château, Vosges, 1750-Paris 1780 Sur les mondes détruits le temps dort immobile. Le Jugement dernier Jean Giono Manosque 1895-Manosque 1970 Il n'y a pas un millimètre du monde qui ne soit savoureux. Les Vraies Richesses Grasset Louis Poirier, dit Julien Gracq Saint-Florent-le-Vieil, Maine-et-Loire, 1910 Tant de mains pour transformer ce monde, et si peu de regards pour le contempler ! Lettrines José Corti Jean Grenier Paris 1898-Dreux 1971 Il faut renoncer au monde pour le comprendre. Lexique Gallimard Eugène Guillevic Carnac 1907-Paris 1997 Nous construisons le monde Qui nous le rendra bien. Terraqué Gallimard Victor Hugo Besançon 1802-Paris 1885 Abîmes, abîmes, abîmes. C'est là le monde. Philosophie, Commencement d'un livre Eugène Ionesco Slatina 1912-Paris 1994 L'œuvre d'art n'est pas le reflet, l'image du monde ; mais elle est à l'image du monde. Notes et Contre-notes Gallimard Pierre Klossowski Paris 1905 Ce qui arrive dans le monde n'arrive à personne, mais quelque chose arrive à quelqu'un, valant pour tout ce qui arrive dans le monde. Les Lois de l'hospitalité Gallimard Jean de La Fontaine Château-Thierry 1621-Paris 1695 Solitude où je trouve une douceur secrète, Lieux que j'aimai toujours, ne pourrai-je jamais, Loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais ? Fables, le Songe d'un habitant du Mogol Jules Lagneau Metz 1851-Paris 1894 Avant l'homme, l'esprit dormait pour ainsi dire dans la nature. Il dormait, et le monde était son rêve : rêve obscur et gigantesque […]. Discours de Vanves, 1886 Alphonse de Prât de Lamartine Mâcon 1790-Paris 1869 Dieu n'est qu'un mot rêvé pour expliquer le monde. Harmonies poétiques et religieuses Alphonse de Prât de Lamartine Mâcon 1790-Paris 1869 On admire le monde à travers ce qu'on aime. Jocelyn Alphonse de Prât de Lamartine Mâcon 1790-Paris 1869 Je ne veux pas d'un monde où tout change, où tout passe. Premières Méditations poétiques, la Foi Patrice de La Tour du Pin Paris 1911-Paris 1975 Si Dieu a fait un monde d'amour, vous êtes faits pour le retrouver. Une somme de poésie Gallimard Claude Lévi-Strauss Bruxelles 1908 Le monde a commencé sans l'homme, et il s'achèvera sans lui. Tristes Tropiques Plon Claude Lévi-Strauss Bruxelles 1908 Villes du Nouveau Monde : elles vont de la fraîcheur à la décrépitude sans s'arrêter à l'ancienneté. Tristes Tropiques Plon François de Malherbe Caen 1555-Paris 1628 N'espérons plus, mon âme, aux promesses du monde, Sa lumière est un verre, et sa faveur une onde […]. Stances Stéphane Mallarmé Paris 1842-Valvins, Seine-et-Marne, 1898 Le monde est fait pour aboutir à un beau livre. Réponse à des enquêtes, Sur l'évolution littéraire Jean-Baptiste Massillon Hyères 1663-Beauregard-l'Évêque, Puy-de-Dôme, 1742 Académie française, 1719 Nous disons sans cesse que le monde n'est rien, et nous ne vivons que pour le monde. Oraisons funèbres, Monseigneur Louis, Dauphin François Mauriac Bordeaux 1885-Paris 1970 Académie française, 1933 Nous croyons que le monde est finalement sauvé par un petit nombre d'hommes et de femmes qui ne lui ressemblent pas. Bloc-notes, IV Flammarion Prosper Mérimée Paris 1803-Cannes 1870 Académie française, 1844 La plupart des femmes du monde sont malades parce qu'elles sont riches. Lettres, à Edward Ellice, 1857 Michel Eyquem de Montaigne château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1533-château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1592 Ce grand monde […] c'est le miroir où il nous faut regarder pour nous connaître de bon biais. Essais, I, 26 Michel Eyquem de Montaigne château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1533-château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1592 Le monde n'est qu'une branloire pérenne. […] La constance même n'est autre chose qu'un branle plus languissant. Essais, III, 2 balançoire perpétuelle mouvement Michel Eyquem de Montaigne château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1533-château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1592 Non parce que Socrate l'a dit, mais parce qu'en vérité c'est mon humeur, et à l'aventure non sans quelque excès, j'estime tous les hommes nos compatriotes et embrasse un Polonais comme un Français, postposant cette liaison nationale à l'universelle et commune. Essais, III, 9 subordonnant Charles de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu château de La Brède, près de Bordeaux, 1689-Paris 1755 J'ai toujours vu que pour réussir dans le monde, il fallait avoir l'air fou et être sage. Mes pensées Pierre Nicole Chartres 1625-Paris 1695 Souvent il est plus facile de vivre avec tout le monde extérieur qu'avec ce peuple intérieur que nous portons en nous-mêmes. Essais de morale, Des moyens de conserver la paix avec les hommes Roger Nimier Paris 1925-Garches 1962 Le monde ressemble affreusement au monde. Le Hussard bleu Gallimard Marie Rouget, dite Marie Noël Auxerre 1883-Auxerre 1967 Père, ô Sagesse profonde Et noire, Vous savez bien À quoi sert le mal du monde, Mais le monde n'en sait rien. Chants de la merci, Chant de la divine merci Stock Charles d'Orléans Paris 1394-Amboise 1465 Le monde est ennuyé de moy, Et moy pareillement de lui. Rondeaux Jean Paulhan Nîmes 1884-Neuilly-sur-Seine 1968 Académie française, 1963 Tout ce que je demande aux Politiques, c'est qu'ils se contentent de changer le monde sans changer la vérité. De la paille et du grain Gallimard Ernest Renan Tréguier 1823-Paris 1892 Le but du monde est de produire la raison. Dialogues et fragments philosophiques Lévy Ernest Renan Tréguier 1823-Paris 1892 Il y a eu des vols d'oiseaux, des courants d'air, des migraines qui ont décidé du sort du monde. Vie de Jésus, Préface Lévy Pierre Reverdy Narbonne 1889-Solesmes 1960 Le monde est ma prison Si je suis loin de ce que j'aime. Main-d'œuvre, le Chant des morts Mercure de France Arthur Rimbaud Charleville 1854-Marseille 1891 La vraie vie est absente. Nous ne sommes pas au monde. Une saison en enfer, Délires I Jules Romains, pseudonyme littéraire devenu ensuite le nom légal de Louis Farigoule Saint-Julien-Chapteuil, Haute-Loire, 1885-Paris 1972 Académie française, 1946 Monde à la triste figure, Tout barbote dans l'ordure. L'excuse est que rien ne dure. Pierres levées Flammarion Denis de Rougemont Neuchâtel 1906-Genève 1985 La loi du monde est que l'homme lutte contre le monde, en assumant le risque de sa propre perte. Penser avec les mains Gallimard Jean-Paul Sartre Paris 1905-Paris 1980 Le monde peut fort bien se passer de la littérature. Mais il peut se passer de l'homme encore mieux. Situations II Gallimard Hippolyte Adolphe Taine Vouziers 1828-Paris 1893 Académie française, 1878 L'honnête homme, à Paris, ment dix fois par jour, l'honnête femme vingt fois par jour, l'homme du monde cent fois par jour. On n'a jamais pu compter combien de fois par jour ment une femme du monde. Vie et opinions de Thomas Graindorge Alexis Clérel de Tocqueville Paris 1805-Cannes 1859 Il faut une science politique nouvelle à un monde tout nouveau. De la démocratie en Amérique Paul Valéry Sète 1871-Paris 1945 Le monde est irrégulièrement semé de dispositions régulières. Variété, Introduction à la méthode de Léonard de Vinci Gallimard Charles Maurice de Talleyrand-Périgord Paris 1754-Paris 1838 Il y a quelqu'un qui a plus d'esprit que Voltaire, c'est tout le monde. Discours à la Chambre des pairs, 24 juillet 1821 Joseph, baron von Eichendorff Lubowitz, près de Racibórz, Haute-Silésie, 1788-Neisse, aujourd'hui Nysa, Haute-Silésie, 1857 Celui à qui Dieu veut montrer une vraie faveur, Celui-là, il l'envoie de par le vaste monde… Wem Gott will rechte Gunst erweisen, Den schickt er in die weite Welt… Le Gai Voyageur Karl Marx Trèves 1818-Londres 1883 Les philosophes n'ont fait qu'interpréter diversement le monde, il s'agit maintenant de le transformer. Die Philosophen haben die Welt nur verschieden interpretiert, es kommt darauf an, sie zu verändern. Thèses sur Feuerbach, XI Thomas Paine Thetford, Norfolk, 1737-New York 1809 Le monde est mon pays, Tous les humains sont mes frères. The world is my country, All mankind are my brethren. Les Droits de l'homme, V Friedrich von Schiller Marbach 1759-Weimar 1805 L'histoire du monde est le jugement du monde. Die Weltgeschichte ist das Weltgericht. Poèmes, Résignation William Shakespeare Stratford on Avon, Warwickshire, 1564-Stratford on Avon, Warwickshire, 1616 Le monde entier est un théâtre. All the world's a stage. Comme il vous plaira, II, 7, Jacques William Shakespeare Stratford on Avon, Warwickshire, 1564-Stratford on Avon, Warwickshire, 1616 Combien le train du monde me semble lassant, insipide, banal et stérile ! How weary, stale, flat, and unprofitable Seem to me all the uses of this world ! Hamlet, I, 2, Hamlet Tchouang Tseu mort en 315 avant J.-C. Ce sont les professeurs qui ont mis le désordre dans le monde.monde (difficultés) nom masculin (latin mundus) Orthographe Le Nouveau Monde, l'Ancien Monde. Le mot monde s'écrit toujours avec une minuscule, sauf dans les expressions le Nouveau Monde (= l'Amérique) et l'Ancien Monde (= l'Europe, l'Afrique et l'Asie). - On écrit : parcourir le monde, le vaste monde ; notre monde n'est qu'une boule minuscule égarée dans l'Univers. Monsieur Tout-le-monde. Avec une majuscule à tout et deux traits d'union. Accord Un monde de. Le verbe qui suit se met au singulier : un monde de marins, de trafiquants et d'aventuriers peuplait le port et la ville.monde (expressions) nom masculin (latin mundus) Au monde, renforce une négation : Personne au monde ne peut dire le contraire. L'autre monde, l'au-delà, là où, selon certaines religions, les âmes sont censées habiter. Beau monde, joli monde, société brillante, élégante ; ou, ironiquement, gens peu recommandables, à l'aspect louche. C'est le monde renversé, à l'envers, c'est le contraire de ce qui se fait ordinairement ou de ce qui devrait se faire. Familier. C'est un monde !, c'est énorme, c'est incroyable. Courir, parcourir le monde, voyager beaucoup. De par le monde, en quelque endroit de la Terre. Du monde, renforce un superlatif : Tout s'est passé le mieux du monde. Être de ce monde, exister. Homme, femme du monde, personne qui vit dans la bonne société et en connaît les usages. Familier. Le moins du monde, de quelque manière que ce soit. Le monde est petit, se dit lorsqu'on rencontre par hasard quelqu'un de ses relations. Mettre un enfant au monde, accoucher. Monsieur Tout le Monde, l'homme moyen, n'importe qui. Ne plus être de ce monde, être mort. Pas le moins du monde, pas du tout. Pour rien au monde, pour tout l'or du monde, à aucun prix (renforce une négation). (Se) faire un monde de quelque chose, en exagérer l'importance. Tout le monde, tous les gens, chacun. Venir au monde, naître. Vieux comme le monde, qui existe depuis qu'il y a des hommes. L'Ancien Monde, ce que les Anciens connaissaient du globe terrestre, c'est-à-dire l'Europe, l'Asie et l'Afrique septentrionale. Le Nouveau Monde, l'Amérique. ● monde (synonymes) nom masculin (latin mundus) Ensemble de tout ce qui existe, de façon réelle et...
Synonymes :
- création
La Terre, la surface terrestre, le globe terrestre (510 millions de...
Synonymes :
- machine ronde
La nature, ce qui constitue l'environnement des êtres humains
Synonymes :
Ensemble des êtres humains vivant sur la Terre (6 milliards d'habitants)
Synonymes :
- hommes
- humanité
Personnes qui sont au service de quelqu'un
Synonymes :
- domesticité
- domestiques
- employés
- les miens, les tiens, les siens, etc.
- maisonnée
Personnes à qui on a habituellement affaire
Synonymes :
- autres
- commun (péjoratif)
Milieu, groupe social défini par une caractéristique, un type d'activité ;...
Synonymes :
- société
Ensemble de choses ou d'êtres formant un tout à part...
Synonymes :
Ensemble des personnes constituant les classes sociales les plus aisées...
Synonymes :
Littéraire. Vie séculière, profane, par opposition à la vie spirituelle
Synonymes :
- siècle

monde
n. m.
rI./r
d1./d Ensemble de tout ce qui existe, univers. La fin du monde.
d2./d Système planétaire; planète. D'autres mondes habités.
d3./d La planète où vivent les hommes, la Terre. Courir le monde: voyager beaucoup.
Fig. Au bout du monde: très loin.
|| Le Nouveau Monde: l'Amérique, par oppos. à l'Ancien Monde, la partie de la surface terrestre connue avant la découverte de l'Amérique (Europe, Asie, Afrique).
|| Tiers monde.
d4./d RELIG L'autre monde: le séjour des morts (par oppos. à ce monde, ce bas monde, le séjour des vivants).
d5./d Fig. Univers particulier. Le monde du rêve.
|| Se faire un monde d'une chose, se l'imaginer comme plus difficile, plus importante qu'elle n'est en réalité.
|| C'est un monde!: c'est incroyable! (avec une nuance d'indignation).
rII./r Le monde.
d1./d Genre humain, humanité. Ainsi va le monde.
|| Venir au monde: naître. Mettre un enfant au monde, lui donner naissance.
d2./d Groupe social défini. Le monde de l'art. Le monde scientifique.
|| (Québec) Fam. Vieux monde: gens âgés. Il y a beaucoup de vieux monde dans ce quartier.
Le pauvre monde: les gens pauvres, la classe laborieuse.
d3./d Haute société, classes aisées qui ont une vie facile et brillante. Le grand monde. Un homme du monde.
|| (Québec) Fam. (Dans des expressions.) Gens honnêtes, bien élevés. Parler, se tenir, se conduire comme du monde, de façon correcte, comme il convient.
d4./d Vie en société. Fuir le monde.
|| Spécial. Vie laïque (par oppos. à la vie monastique). Renoncer au monde.
d5./d (Réunion) Gens, personnes. Le monde doit prendre un ticket puis attendre.
|| Syn. de individu (sens 3). Mauvais monde: personne peu recommandable.
rIII/r
d1./d Un grand nombre, ou un certain nombre de personnes. Il y a du monde dans les rues.
|| Recevoir du monde, des invités, des hôtes.
d2./d Entourage de qqn (proches, subordonnés, etc.). Réunir tout son monde.
rIV./r
d1./d Loc. Du monde, au monde. (Renforçant certaines expressions.) La plus belle fille du monde. Pour rien au monde.
|| (Suisse) (En tournure négative.) Au monde: pas du tout. Je ne sais pas au monde où j'ai posé mes lunettes.
d2./d Loc. Pron. indéf. Tout le monde: tous, on.
|| Fam. Monsieur Tout-le-Monde: n'importe qui.

I.
⇒MONDE1, subst. masc.
I. A. — 1.Ensemble constitué des êtres et des choses créés; l'univers, le cosmos. Centre, commencement, équilibre, fin, grandeur, naissance, ordre, origine du monde; premier âge, jour du monde; éternité, machine, système du monde; au premier matin du monde; monde infini. Dieu a créé le monde, a tiré le monde du néant (Ac. 1935). À quoi nous sert de savoir si le monde existe depuis six ou depuis vingt mille ans, s'il s'est fait de rien ou de quelque chose, de lui-même, ou par un ouvrier (VOLNEY, Ruines, 1791, p.316). Les sages (...) possèdent l'astronomie, l'astrologie, l'arithmétique; ils connaissent le thème natal de l'univers, et peuvent dire le domicile des planètes au moment même de la création du monde (GAUTIER, Rom. momie, 1858, p.308).
Loc. verb. Se considérer comme le centre du monde; se prendre pour le nombril du monde; prendre son nombril pour le centre du monde (fam.).
En partic. Ensemble de tout ce qui existe sur terre, perçu par l'homme et le plus souvent en opposition avec lui. Concevoir, connaître, comprendre, découvrir, déchiffrer, expliquer le monde; monde inconnu; compréhension, perception, vision du monde. Peu ou point de cosmogonie proprement dite; peu ou point de mythologie, mais une conception du monde déjà rationnelle, quoique éminemment morale (RENOUVIER, Essais crit. gén., 3e essai, 1864, p.161).
a) Ensemble constitué par la terre et les astres, conçu comme un système et p. méton. système planétaire de la terre. Cette grande loi d'attraction qui suspend le monde à sa place, l'use et le ronge dans un désir sans fin; chaque planète charrie ses misères en gémissant sur son essieu (MUSSET, Confess. enf. s., 1836, p.368).
b) P. ext. Tout astre ou corps céleste considéré comme un univers propre. La pluralité des mondes. Les indications que la science s'efforce de fournir, au sujet de l'origine du monde solaire, de l'origine et de la nature de la vie et des espèces (RENOUVIER, Essais crit. gén., 3e essai, 1864, p.155):
1. Avec quelques notions d'astronomie, on se représente volontiers ce que serait pour nous le spectacle du ciel, vu de la lune ou de Saturne, dans un monde astronomiquement constitué autrement que le nôtre.
COURNOT, Fond. connaiss., 1851, p.137.
P. métaph. Les cueilleurs, tenant hautes leurs flammes de verre, semblaient venir, du bout de leur canne, de décrocher des mondes (HAMP, Champagne, 1909, p.83).
2. P. exagér. Ensemble complexe et important considéré par exagération comme une réduction de l'univers. Paris est un monde (Ac. 1935). Un navire est un monde. Quand il marche, comme celui-ci, en même temps à la vapeur et à la voile (AUDIBERTI, Quoat, 1946, 1er tabl., p.17). La comptabilité, c'est un monde (BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p.232).
Loc. verb.
C'est un monde! (fam.). C'est exagéré, incroyable. (Dict. XIXe et XXe s.).
Il y a un monde entre qqc. et qqc., qqn et qqn. Il y a une distance énorme entre deux choses, deux personnes. Il me semblait qu'il y avait un monde entre les locutions nouvelles et le vocabulaire de l'Albertine que j'avais connue (PROUST, Guermantes 2, 1921, p.356).
(Tout) un monde de. Un très grand nombre de. Qui traîne ainsi un lourd passé derrière lui, un monde de souvenirs et de pensées secrètes, et de drames, prend l'habitude du silence (VAN DER MEERSCH, Invas. 14, 1935, p.155).
Faire tout un monde de qqc. Donner à un fait, un événement une importance exagérée. Les femmes sont terriblement fines, les mères surtout. Elles voient partout des réticences quand il s'agit de leur fils, et d'un rien font un monde (MICHAUX, Plume, 1930, p.160).
B. — 1. La terre et p. méton. la surface de la terre où vivent les hommes. Les cinq parties du monde; capitale, carte, citoyen du monde; conquérir, dominer, courir, parcourir le monde; faire le tour du monde; centre, confins, extrémité du monde; le vaste, le menu monde; les autres coins du monde. Quand tout s'était endormi dans des immobilités lourdes, dans les silences morts, les étoiles apparaissaient en haut plus éclatantes que dans aucune autre région du monde (LOTI, Mon frère Yves, 1883, p.73).
Champion, championnat du monde; record, recordman du monde.
De par le monde. À travers toute la terre, partout. Il est de par le monde des êtres inondés de volupté profonde (BARBIER, Iambes, 1840, p.109). Tour du monde.
Loc. verb.
♦(Verbe +) du, au bout du monde. Des, aux confins des terres habitées; (de) très loin. L'envoyer chercher son pain (...) au bout du monde (GOBINEAU, Pléiades, 1874, p.40). Tous les mots que tu me dis Semblaient venir du bout du monde (GÉRALDY, Toi et moi, 1913, p.117).
Au fig. C'est le bout du monde. Au plus, au maximum. Et puis quand nous aurons une dizaine de morts, ce sera le bout du monde (CAMUS, Peste, 1947, p.1264). V. aussi bout I B 2 au fig. Ce n'est pas le bout du monde. Ce n'est pas (une chose) impossible; l'obstacle n'est pas insurmontable.
Depuis que le monde est monde. Depuis toujours. Si nous avions entendu depuis que le monde est monde toutes les jolies femmes nous appeler à coups de trompe et nous saluer de barrissements, nous aurions pour l'éternité associé l'idée de barrissement à l'idée de jolie femme (ARTAUD, Théâtre et son double, 1938, p.51).
♦[À propos d'une rencontre, d'un rapprochement inattendu] Le monde est petit. (Dict. XIXe et XXe s.).
Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes (possibles).
2. P. méton. Partie du globe terrestre. Synon. continent, région. Monde occidental, oriental. La Louisiane est un monde nouveau où nous devons trouver tout ce que la terre promise pouvait produire (BAUDRY DES LOZ., Voy. Louisiane, 1802, p.328).
L'ancien monde. Partie du globe connue des anciens. (Dict. XIXe et XXe s.).
Le vieux monde. Le continent européen. Les Américains, sur notre vieux monde, se font aimer par tous et partout (GIDE, Journal, 1943, p.246).
Le nouveau monde. Le continent américain. Si l'Europe est obligée de reconnaître les gouvernements de fait en Amérique, toute sa politique doit tendre à faire naître des monarchies dans le nouveau monde (CHATEAUBR., Mém., t.3, 1848, p.106).
3. La terre considérée comme le séjour de l'homme et p.méton. la vie.
a) Au monde. Sur terre. Je raisonne comme un pauvre diable que je suis, heureux d'être au monde, fort désireux de ne rien gâter de ce que j'ai de bon autour de moi (GOBINEAU, Pléiades, 1874, p.10). Si l'on t'a donné ta voix et ton coeur et tes larmes, c'est qu'il y avait des êtres au monde qui attendaient de toi que tu leur donnes le goût de vivre (J. BOUSQUET, Trad. du silence, 1936, p.190).
Loc. verb.
Mettre au monde. Donner le jour à. (Dict. XIXe et XXe s.).
Ne plus être au, de ce monde. Être mort (Dict. XIXe et XXe s.).
Arriver, venir au monde. Naître. Je vins au monde fille légitime, ce qui aurait fort bien pu ne pas arriver (SAND, Hist. vie, t.2, 1855, p.74):
2. Les vieilles sociétés avaient (...) leurs rites nationaux, leurs traditions, qui étaient comme le dépôt de l'éducation et de la culture nationale. Chaque individu, venant au monde, trouvait, outre la famille, (...) la nation, dépositaire d'une autre vie plus élevée.
RENAN, Avenir sc., 1890, p.335.
Être seuls (v. seul) au monde. Les amoureux sont seuls au monde. Jamais elle ni lui n'avaient eu leurs pareils. Ils se sentaient uniques, seuls au monde: et d'heure en heure, si l'on peut dire, tous deux se formaient l'un de l'autre, des idées nouvelles (BOURGES, Crépusc. dieux, 1884, p.223).
Rien, seul, tout, personne, aucun, nul + au monde. Il n'existe au monde que deux pouvoirs, l'un illégitime, c'est la force; l'autre légitime, c'est la volonté générale (CONSTANT, Princ. pol., 1815, p.8).
Pour rien au monde. En aucun cas. Il ne devait, pour rien au monde, tomber dans les niaiseries sentimentales: on se répète de mauvaises phrases de romans (LARBAUD, F. Marquez, 1911, p.69).
b) Du monde (comme 2e élém. de superl. rel.). Le meilleur homme du monde, la meilleure foi du monde. Trois ans après, nous étions les meilleurs amis du monde et nous luttons ensemble, depuis, avec acharnement, pour la même cause, celle de l'émancipation totale de l'homme (ÉLUARD, Donner, 1939, p.86).
Proverbe. La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu'elle a. Le troisième [pois] épuisé, il ne me reste rien à t'offrir, car je n'ai à moi que trois pois verts (...) et la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu'elle a (NODIER, Trésor Fèves, 1833, p.48).
Loc. verb. Avoir toutes les peines du monde. Avoir beaucoup de mal à faire quelque chose. La police a eu toutes les peines du monde à empêcher le peuple de lyncher ces scélérats (MÉNARD, Rêv. païen, 1876, p.214).
C. PHILOSOPHIE
1. Ensemble de choses ou de concepts d'un même ordre, considérés dans leur totalité et constituant un aspect de l'univers. Monde animé, externe, matériel, naturel, perçu, physique, visible, vivant; monde idéal, intersensoriel, intersubjectif, moral; monde des essences, des objets, des phénomènes. Selon le système encyclopédique de Dante, neuf sciences enveloppent l'esprit humain, illuminant les choses intelligibles, répandant la fécondité et la variété dans le monde de la pensée (OZANAM, Philos. Dante, 1838, p.92). Le théâtre doit poursuivre, par tous les moyens, une remise en cause non seulement de tous les aspects du monde objectif et descriptif externe, mais du monde interne, c'est-à-dire de l'homme, considéré métaphysiquement (ARTAUD, Théâtre et son double, 1938, p.110). La rime cesse d'être dérision, parce qu'elle participe à la nécessité du monde réel, qu'elle est le chaînon qui lie les choses à la chanson (ARAGON, Crève-coeur, 1941, p.76).
En partic.
Monde intelligible. ,,Ensemble des réalités correspondant aux apparences sensibles et telles que la réflexion rationnelle conduit à se les représenter`` (LAL. 1968). Le sens d'une phrase nous paraît (...) détachable de cette phrase même et défini dans un monde intelligible (MERLEAU-PONTY, Phénoménol. perception, 1945, p.219).
Monde sensible. ,,Ensemble des choses qui sont ou qui peuvent être objet de perception`` (LAL. 1968). Une méthode pour nous élever de la nature matérielle à la nature spirituelle (...) du monde sensible au monde intelligible (LACROIX, Marxisme, existent., personn., 1949, p.86).
Monde extérieur. ,,Ensemble des objets perçus par les sens, y compris le corps propre et les organes de la perception`` (FOULQ.-ST-JEAN 1962). L'Occident s'est voulu exclusivement utilitaire, tout entier tourné vers la possession du monde extérieur. Il en est obsédé; par la science, la recherche des lois physiques, il veut agir sur lui, le domestiquer (HUYGHE, Dialog. avec visible, 1955, p.30).
P. méton., PHÉNOMÉNOL. EXISTENTIALISTE. Êtres et objets perçus. «Vision», «motricité», «sexualité» — je m'aperçois que ces «fonctions» ne peuvent être liées entre elles et au monde extérieur par des rapports de causalité (MERLEAU-PONTY, Phénoménol. perception, 1945, p.231).
Monde intérieur. Ensemble des faits mentaux et psychiques. Lorsque le moi se détache de la réalité extérieure, il glisse, sous l'emprise du monde intérieur, dans la psychose (FREUD, Abr. psychanal., trad. par A. Bermann, 1949, p.40).
2. Ensemble de choses, de concepts ou d'êtres formant un univers particulier, une société à part. Synon. microcosme. Constituer un monde.
a) [À propos d'un monde concret] Monde humain, inorganique, végétal; monde des abeilles; monde sonore, souterrain. C'est surtout parmi les représentants minuscules du monde animal, insectes ou rats, auxquels semble dévolu le redoutable rôle d'agents de transmission, qu'il y a des connexités et des relations à saisir (VIDAL DE LA BL., Princ. géogr. hum., 1921, p.105).
b) [À propos d'un monde abstrait] Monde affectif, mental, mystérieux; mondes parallèles; monde des émotions, des fantômes, du fantastique; vision du monde. L'esprit a besoin d'un monde fantastique où il puisse se mouvoir et se promener (JOUBERT, Pensées, t.1, 1824, p.315). Nerval réclame un univers qui soit une spiritualité. Alors il serait certain que le rêve ouvre à l'homme une communication avec le monde des esprits (DURRY, Nerval, 1956, p.150).
II.P. méton.
A. — 1. La communauté; la société des hommes vivant sur terre. Évolution, destin du monde; le monde entier; le monde épouvanté, heureux, idéal; avenir, échelle, pays du monde; changer, délivrer, réformer, sauver le monde. Ce mot [philosophie] commença même à ne plus exprimer que les principes généraux de l'ordre du monde, la métaphysique, la dialectique et la morale, dont la politique faisait partie (CONDORCET, Esq. tabl. hist., 1794, p.64). Nous vivons une époque probablement unique dans l'histoire du monde, où le monde passé au crible voit ses vieilles valeurs s'effondrer (ARTAUD, Théâtre et son double, 1938, p.139):
3. ... quand tout aura disparu, quand tout sera nivelé, il prédit l'avènement d'un monde nouveau. Il voit s'élever sur les ruines de notre civilisation quelque chose comme une confédération mondiale, l'organisation d'une grande vie collective de la planète, sur des bases entièrement renouvelées...
MARTIN DU G., Thib., Épil., 1940, p.899.
À la face du monde. Ouvertement. Vous avez donc pratiqué sans titres et clandestinement? Knock: À la face du monde, au contraire (ROMAINS, Knock, 1923, I, p.5).
Proverbe. Il faut de tout pour faire un monde. Il faut que toute chose existe. Il y avait toujours eu des gendarmes et il y en aurait toujours. Il faut de tout pour faire un monde (L. DURAND, Le Caïd, p.136 ds REY-CHANTR. Expr. 1979).
Loc. verb.
Ainsi va le monde. C'est ainsi; c'est l'ordre normal des choses. Ainsi va le monde, c'est une partie d'échecs (STENDHAL, Rouge et Noir, 1830, p.294).
C'est le monde renversé, à l'envers (v. envers2). C'est contraire au déroulement normal des choses. Donner la préférence à votre protégée, ce serait le monde renversé! (VOGÜÉ, Morts, 1899, p.228).
2. La société des hommes telle qu'elle se présente à une époque donnée dans un milieu géographique et socio-économique déterminé. Voyez au contraire (...) quand le monde ancien commence à se dissoudre, ces aspirations vers l'avenir (RENAN, Avenir sc., 1890, p.493):
4. ... l'évolution révolutionnaire (...) consiste, selon moi, à introduire dans la société d'aujourd'hui des formes de propriété qui la démentent et qui la dépassent, qui annoncent et préparent la société nouvelle, et par leur force organique hâtent la dissolution du monde ancien.
JAURÈS, Ét. soc., 1901, p.LXIX.
SYNT. Monde actuel, antique, barbare, contemporain, civilisé, corrompu, fou, mécanisé, moderne, présent, primitif, surdéveloppé; monde arabe, asiatique, atlantique, germanique, grec, latin, méditerranéen, païen, romain, catholique, chrétien, musulman; vivre dans un monde dur, meilleur.
Le quart monde, le tiers monde.
B. — La vie des hommes en société sur terre.
1. RELIGION
a) Ce monde; en ce bas monde. La vie des hommes ici-bas. Pascal nous montre le monde présent comme un enfer où toute communication est rompue entre Dieu et l'homme (BREMOND, Hist. sent. relig., t.4, 1920, p.411). Si je pouvais faire mentir ceux qui prêchent que les biens de ce monde ne nous suivent pas dans la mort! (MAURIAC, Noeud vip., 1932, p.233).
Le prince de ce monde.
Loc. verb. La perfection n'est pas de ce monde.
P. méton. Ensemble des activités profanes, qui constituent la vie séculière par opposition à la vie monastique. Je vais dire adieu au monde et vivre pour Dieu seul dans le silence et la retraite (BALZAC, E. Grandet, 1834, p.244).
b) L'autre monde. La vie de l'au-delà. Dans l'autre monde, il faudra rendre compte de ce que nous aurons fait dans celui-ci (Ac. 1935).
Loc. verb., fam. Envoyer, expédier qqn dans l'autre monde. Tuer quelqu'un. Brigand de capitaine! (...) il a bien manqué de m'envoyer dans l'autre monde (PONSON DU TERR., Rocambole, t.3, 1859, p.305).
c) Monde + adj. déterminatif. Monde futur, supérieur. Il y a là un monde surnaturel et divin qui est Dieu lui-même, dans lequel nous devons être transportés, transformés (DUPANLOUP, Journal, 1856, p.188).
2. Absol. La haute société, la société des gens qui aiment luxe et divertissements. Le grand monde. Quant à M. le chevalier, rien n'empêche qu'après avoir quitté ses graves amis il n'aille s'amuser dans le beau monde (J. DE MAISTRE, Soirées St-Pétersb., t.1, 1821, p.65). Ceux qui ne perçoivent, des êtres humains, que l'apparence et que, seules, les formes extérieures éblouissent, ne peuvent pas se douter de ce que le beau monde, de ce que «la haute société» est sale et pourrie (MIRBEAU, Journal femme ch., 1900, p.118). V. beau ex. 10 et 11.
Demi-monde.
Homme, femme, gens du monde. Je ne savais pas que d'être des gens du monde, cela fût une chose si difficile, si fatigante et si compliquée (MIRBEAU, Journal femme ch., 1900, p.198). On voyait qu'il était un véritable homme du monde, à ce qu'il lustrait ses bottines, sous le rebord des marches, au luxueux tapis de l'escalier (MONTHERL., Célibataires, 1934, p.789).
Loc. verb.
Savoir le/son monde, avoir du monde (vieilli). Connaître les usages de la haute société. (Dict. XIXe et XXe s.).
Faire son entrée dans le monde. Pour une jeune fille, être admise à participer à la vie mondaine. Je ferai mon entrée dans le monde, et mille gaffes en même temps (COLETTE, Cl. école, 1900, p.280).
3. Les gens, les individus. Le monde, du monde; beaucoup, plein, trop de monde; un monde fou; le monde est méchant. C'est de la bonne clientèle d'ouvriers, tous du monde honnête, payant bien (DABIT, Hôtel Nord, 1929, p.13).
Un monde, du monde. Un grand nombre de personnes. Il y avait du monde, autour des baraques foraines (CAMUS, Étranger, 1942, p.1151).
Un monde + compl. d'obj. déterminatif. Il a un monde d'ennemis (Ac. 1935).
Avoir du monde. Recevoir des gens. Quand on voulait avoir du monde à son mariage, on invitait les personnes, parbleu! (ZOLA, Assommoir, 1877, p.459).
Tout le monde. La (quasi) totalité, la grande majorité des gens. On confond généralement comme Buffon langue et style, parce que peu d'hommes ont besoin d'un art de volonté (...) et parce que tout le monde a besoin d'humanité dans l'expression (JACOB, Cornet dés, 1923, p.14):
5. Tout le monde mange
Les pédérastes... les hirondelles...
Les girafes... les colonels...
Tout le monde mange
Sauf le chômeur...
PRÉVERT, Paroles, 1946, p.66.
Monsieur Tout le Monde. Individu qui ressemble à la grande majorité des gens; n'importe qui. C'est Monsieur Tout le Monde, l'homme de la rue, le parfait citoyen de la démocratie, celui qui s'habille en série, mange en série, baise en série, a une petite 5 HP de série et ne se distingue et ne se particularise en rien (CENDRARS, Bourlinguer, 1948, p.210).
Péj., par antiphrase. Du beau, du drôle de, du joli monde. Des gens peu recommandables. Ce qui m'étonne c'est que la Gestapo ne soit pas encore venue rafler tout ce joli monde (VAILLAND, Drôle de jeu, 1945, p.45).
Le petit monde
♦Les gens du commun. Il a les manières, le langage du petit monde (Ac. 1935). Au milieu de cette nature saisissante, s'agitaient ou rêvaient de petites gens, tout un petit monde avec sa vérité native et comique (BAUDEL., Salon, 1846, p.141).
♦Les enfants. J'ai deux bouches à la maison, et qui avalent ferme, allez! Comment voulez-vous que j'arrive à élever mon petit monde, si je m'amuse à la bagatelle? (ZOLA, Assommoir, 1877, p.405).
Son monde
♦Le personnel de maison. (Dict. XXe s.). Il a congédié tout son monde (Ac. 1935).
♦Les proches, la famille. Il pensait au mal qu'avait sa mère pour faire manger tout son monde! Il avait trois frères plus jeunes et sa fiancée habitait avec eux (TRIOLET, Prem. accroc, 1945, p.259).
♦Les gens à qui on a affaire. Le grand Cointet connaît bien son monde! (BALZAC, Illus. perdues, 1843, p.618).
Loc. verb.
Se moquer, se fiche (fam.), se foutre (vulg.) du monde. Parler, agir sans se préoccuper des autres. Dites donc, Maheu, est-ce que vous vous fichez du monde! (ZOLA, Germinal, 1885, p.1176).
Tromper son monde. Tromper les autres, leur donner le change. C'est un grand, qui paraissait sérieux; il trompait bien son monde! (MARTIN DU G., Thib., Cah. gr., 1922, p.585).
Il y a du monde au balcon (pop.). Voilà une poitrine opulente. (Dict. XIXe et XXe s.).
Région. (Ouest et Canada)
Du (bon) monde. Personne(s) honnête(s), de bonne éducation, serviable(s). C'est un citoyen respectable qui aurait pu être échevin ou commissaire d'école s'il l'avait voulu; bref du bon monde (J. FERRON, Les Confitures de Coing, Montréal, éd. Parti-pris, 1972, p.42).
Comme du monde. Convenablement, d'une manière correcte. Tiens-toi donc comme du monde (Canada 1930).
Loc. verb. (Canada). (N')être pas du monde. Être turbulent, grossier, haïssable, mal élevé. Un vrai sauvage, quoi! Ces survenants-là sont presque pas du monde (GUÈVREMONT, Survenant, 1945, p.254).
Le monde + verbe au plur. Les gens. Le monde vont venir (Canada 1930). Att. aussi en Lyonnais.
C. — Classe, groupement social particulier constituant une communauté à part. Le monde aristocratique, bourgeois, ouvrier, artistique, culturel, littéraire, socialiste, agricole, paysan, rural, économique, politique, savant, scientifique, universitaire; monde des arts, du cinéma, des courses, des lettres, de la mode, du travail. C'est curieux, l'hostilité du monde clérical contre cette pièce qui contient un couplet en l'honneur du prêtre (GONCOURT, Journal, 1888, p.885). Un salarié qui ne dispose d'aucun capital, un étudiant qui n'a jamais fréquenté le monde des affaires est incapable, par définition, de profiter des facilités du régime [capitaliste] (VAILLAND, Drôle de jeu, 1945, p.182). Psychologiquement le communiste est celui qui désespère du monde capitaliste et chez lequel ce désespoir absolu est le moteur même de la lutte (LACROIX, Marxisme, existent., personn., 1949, p.17).
En partic.
a) Milieu social auquel on appartient. Vichy est peuplé de Rouennais et d'une quantité de bourgeois ignobles (...). J'ai trouvé beaucoup de monde de connaissance, des gens de mon monde; on cause dans la rue quand on se rencontre (FLAUB., Corresp., 1863, p.97).
Loc. verb. Être du même monde. Être du même milieu. Jacqueline est une petite fille et Miraut est un gros chien. Ils sont du même monde, ils sont tous deux rustiques (A. FRANCE, P. Nozière, 1899, p.63).
b) Monde des adultes, des jeunes. La fissure entre le monde des adultes et celui des jeunes y est tout aussi profonde que dans les sociétés bourgeoises (Le Nouvel Observateur, 21 févr. 1968, p.33, col. 4).
Prononc. et Orth.:[]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 1. Ca 1135 monde «ensemble des choses et êtres créés» (Couronnement Louis, 1927 ds T.-L.); 1549 depuis que le monde est monde (EST.); 1640 ainsi va le monde (OUDIN); 2. 1651 «ensemble complexe et important» (SAINT-AMANT, Œuvres, éd. C. Livet, I, 143: Paris... ce petit monde); 3. 1657-62 «ensemble de choses, notions formant un domaine particulier» ce monde visible (PASCAL, Pensées, éd. J. Chevalier, ch. 1, p.1105); 4. 1672 «planète, corps céleste considéré comme un ensemble» (MOLIÈRE, Femmes savantes, IV, 3). B. 1. 1135 «le globe terrestre» (WACE, Vie Ste Marguerite, éd. E. A. Francis, 413: les homes de cest mont); 1672 c'est le bout du monde «délai extrême qu'on ne peut dépasser» (Mme DE SÉVIGNÉ, Lettres, éd. M. Monmerqué, t.3, p.140); 1690 courir le monde, (loger) au bout du monde (FUR.); 2. 1516 le nouveau monde «l'Amérique» (M. DU REDOUER, Le nouveau monde et Navigacions faictes par E. de Vespuce...); 1580 «une partie du globe terrestre» (MONTAIGNE, Essais, éd. P. Villey, I, 31); 1690 l'Ancien Monde (FUR.); 3. 1283 «la terre considérée comme lieu de la vie humaine» (BEAUMANOIR, Coutumes Beauvaisis, éd. A. M. Salmon, § 21, p.26); 1560 venir au monde (Bible Rebul, chap.1, v. 9, p.33); 1585 l'autre monde «séjour après la mort» (N. DU FAIL, Contes d'Eutrapel, éd. J. Assézat, II, 41); 1671 mettre au monde (un enfant) (POMEY); 1677 n'être plus au monde «être mort» (Mme DE SÉVIGNÉ, op. cit., t.5, p.343). C. 1. Ca 1145 «la société, la communauté humaine vivant sur terre» (WACE, Conception N. D., 379 ds T.-L.); 2. 1589 «certaine catégorie d'êtres humains, groupement social» (Plais. devis des supposts du S. de la Coquille ds GDF. Compl.); 1651 monde des fidèles (PASCAL, Lettre à Mr et Mme Perier à l'occasion de la mort de M. Pascal, le père... ds Œuvres, éd. J. Chevalier, p.494); 1690 c'est le monde renversé (FUR.); 3. ca 1584 «la société sous son aspect de luxe et de divertissement» (BRANTÔME, Dames galantes, éd. L. Lalanne, t.9, p.183); 1612 savoir son monde «savoir se conduire dans la bonne société» (M. REGNIER, Satyre XIII ds Œuvres, éd. G. Raibaud, p.176); 1640 le grand monde (OUDIN); 1644 hommes du monde «personnes de la haute société» (C. SOREL, Les loix de la Galanterie, IV ds Nouv. rec. des pièces les plus agréables de ce temps ds LIVET Molière); 4. a) 1530 du monde (PALSGR., p.207); 1532 «quelqu'un, des gens» (RABELAIS, Pantagruel, éd. V. L. Saulnier, ch. IV, 30, p.24); 1688 se moquer du monde (BOSSUET, Hist. des var. des Églises protestantes, éd. F. Lachat, vol.14, p.525); 1689 avoir du monde «avoir des invités» (Mme DE SÉVIGNÉ, op. cit., t.. 9, p.324); 1849 le petit monde «les enfants» (SAND, Pte Fad., p.28); b) 1608 avec un adj. poss. «les personnes que l'on a à son service, les domestiques» (M. REGNIER, Satyre VI ds Œuvres, éd. G. Raibaud, p.71); 1645 «ses amis, sa famille» (J.-L. GUEZ DE BALZAC, Lettres, éd. P. Tamizey de Larroque, 78 ds Mél. hist. t.1, p.626); c) ca 1135 toz li monz «chacun» (Couronnement de Louis, éd. Y. G. Lepage, 2227); 1585 tout le monde «n'importe qui, le premier venu» (N. DU FAIL, Contes d'Eutrapel, éd. J. Assézat, II, p.272); 1881 Mr Tout le Monde (SACHS-VILLATTE). D. 2e moitié XIIIe s. relig. «les activités profanes opposées à la vie spirituelle» (RUTEBEUF, Ave Maria Rustebuef ds Œuvres, éd. E. Faral et J. Bastin, t.2, p.240). La forme monde est empr. au lat. mundus «l'univers», «le globe terrestre», «les hommes» et au sens de «le siècle» en lat. eccl.; elle s'est substituée à l'a. fr. mont (Xe s., Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 4) encore très usitée au XIIe et XIIIe s., cf. supra et v. T.-L. Fréq. abs. littér.:63823 (nouveau-monde: 102). Fréq. rel. littér.:XIXe s.: a) 86685, b) 81473; XXe s.: a) 85671, b) 102291. Bbg. DUB. Pol. 1962, p.346. — FREIRE (J. G.). R. port. Filol. 1969-71, t.15, pp.481-482. — FURUKAWA (N.). Le Nombre gramm. en fr. contemp. Tokyo, 1977, pp.36-38. — GALL. 1955, p.45. — LEROY (G.). Les Idées pol. et soc. de Charles Péguy. (Thèse doctorat. Paris. 1977). — QUEM. DDL t.10, 20. — SCUDÉRY (M. de). Choix de conversations de Mlle de Scudéry. Ravenna, 1977, passim.
II.
MONDE2, adj.
Vx ou littér. Pur. En ce monde, dit Arcade, en ce monde qu'on appelle monde, bien qu'il s'y trouve moins de choses mondes que de choses immondes (A. FRANCE, Révolte anges, 1914, p.300).
RELIG. Bête monde. [P. oppos. à bête immonde] Bête dont la loi religieuse, notamment juive, autorise le sacrifice et la consommation de sa chair. (Dict. XIXe et XXe s.).
Prononc. et Orth.: []. Att. ds Ac. 1835 et 1878. Étymol. et Hist. 1135 «pur, vertueux» (WACE, Ste Marguerite, éd. E. A. Francis, 623). Empr. au lat. mundus «net, propre».

1. monde [mɔ̃d] n. m.
ÉTYM. V. 1131; mund, v. 980; lat. mundus, qui « semble bien être le même mot que mundus “parure”, choisi pour désigner le “monde” sans doute à l'imitation du grec kosmos » (Ernout et Meillet).
———
I Le milieu où vit l'homme.
1 (V. 980). L'ensemble formé par la Terre et les astres visibles, conçu comme un système organisé. Cosmos, univers; cosmique, cosmo-. || Le système, la machine (vx) du monde (→ Éther, cit. 1; 3. mal, cit. 43). || Les anciens plaçaient la Terre au centre du monde. || Le chaos précédant le monde, dans les cosmogonies antiques. || Le monde terrestre (les cieux, les astres), le monde sublunaire (la Terre). || Voltaire compare le monde à une horloge (cit. 13).
1 Ce que les anciens ont imaginé sur le système du monde (…) est si vague et si mal prouvé qu'on n'en saurait tirer aucune lumière réelle (…) Descartes est proprement le premier qui ait traité du système du monde avec quelque soin et quelque étendue. Ce grand philosophe (…) imagina (…) l'ingénieuse et célèbre hypothèse des tourbillons (…) Newton (lui substitua) l'hypothèse de la gravitation universelle (…)
D'Alembert, Sur le système du monde, Œ. compl., t. I, p. 350.
Spécialt. Système planétaire auquel appartient la Terre, et, par ext., système comparable pouvant exister dans l'univers. || « Le soleil est au centre de notre monde planétaire » (Voltaire, Philosophie de Newton, III, 8).
2 (…) si vous aviez les yeux meilleurs que vous ne les avez, vous verriez bien si les étoiles sont des soleils qui éclairent autant de mondes, ou si elles n'en sont pas (…)
Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes…, I.
3 L'univers est un assemblage de systèmes solaires que nous avons tout lieu de croire analogues au nôtre. Sans doute, ces systèmes ne sont pas absolument indépendants les uns des autres (…) Il y a donc un lien entre les mondes. Mais ce lien peut être considéré comme infiniment lâche en comparaison de la solidarité qui unit les parties d'un même monde entre elles. De sorte que ce n'est pas artificiellement (…) que nous isolons notre système solaire (…)
H. Bergson, l'Évolution créatrice, p. 242.
Par ext. Système galactique. || Les mondes en expansion.
Spécialt. Corps céleste comparé à la terre. || La lune, monde fini (→ Astre, cit. 8). || Le désert infini des mondes (→ Grain, cit. 18).Entretiens sur la pluralité des mondes habités, de Fontenelle (« Particularités du Monde de la Lune, des Mondes de Mercure, de Mars »… titres des 3e et 4e parties). || La Guerre des mondes, roman de H. G. Wells (traduit de l'anglais).
4 Un monde près de nous a passé tout du long,
Est chu tout au travers de notre tourbillon;
Et s'il eût en chemin rencontré notre terre (…)
Molière, les Femmes savantes, IV, 3.
5 Les autres mondes vous rendent celui-ci petit, mais ils ne vous gâtent point de beaux yeux ou une belle bouche : cela vaut toujours son prix en dépit de tous les mondes possibles.
Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes…, V.
6 La création triste, aux entrailles profondes,
Porte deux Tout-puissants : le Dieu qui fait les mondes,
Le ver qui les détruit.
Hugo, la Légende des siècles, XIII.
7 Nous n'avons aucune raison de supposer que la vie est meilleure à la surface des mondes géants, Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune, qui glissent en silence dans des espaces où le soleil commence d'épuiser sa chaleur et sa lumière.
France, le Jardin d'Épicure, p. 63.
2 Philos. et cour. Ensemble de tout ce qui existe. Univers; macrocosme (cit. 1).REM. Selon les philosophes et les doctrines, le monde comprend ou exclut la conscience humaine, se conçoit comme totalité ou comme système, se distingue ou non de l'univers. — Conception, vision du monde (cf. all. Weltangschauung). || Le monde, considéré comme création (cit. 5) d'un Dieu, comme « un système d'objets reliés entre eux par des rapports universels » (→ Matérialisme, cit. 3). || Le Monde comme volonté et comme représentation, ouvrage de Schopenhauer. || Le monde, idée de la raison, pour Kant.
8 (…) je ne dis pas que le monde soit infini, mais indéfini seulement (…) Ainsi il me semble qu'on ne peut prouver, ni même concevoir, qu'il y ait des bornes en la matière dont le monde est composé.
Descartes, Correspondance, 6 juin 1647.
9 J'appelle monde toute la suite et toute la collection de toutes les choses existantes, afin qu'on ne dise point que plusieurs mondes pouvaient exister en différents temps et différents lieux; car il faudrait les compter tous ensemble pour un monde, ou si vous voulez pour un univers.
Leibniz, Théodicée (texte français de l'auteur), in Lalande, art. Univers.
10 Je crois donc que le monde est gouverné par une volonté puissante et sage; je le vois, ou plutôt je le sens, et cela m'importe à savoir. Mais ce même monde est-il éternel ou créé ? Y a-t-il un principe unique des choses ? Y en a-t-il deux ou plusieurs ?
Rousseau, Émile, IV.
L'univers en tant que connu par l'homme, s'opposant à l'homme… || Connaissance, déchiffrage du monde. || Le grand livre du monde (→ Étude, cit. 9). || Les lois qui gouvernent (cit. 24 et 25) le monde.L'homme (cit. 11) et le monde. Nature. || La lutte de l'homme contre le monde (→ Dominer, cit. 14). || Le moi en contact (cit. 9) avec le monde. || Asservir le monde.Les bornes (cit. 5), les limites du monde connu. — ☑ Loc. Prendre son nombril pour le centre (cit. 23) du monde.
11 (…) sous un ciel toujours nébuleux et privé d'astres, la Terre elle-même eût été pour nous éternellement inintelligible (…) ne connaissant pas le monde, nous n'aurions pu l'asservir (…)
Henri Poincaré, la Valeur de la science, II, VI.
Relig. || Création du monde selon la Genèse. || La fin du monde. Apocalypse. || L'an 4000 du monde (→ Auparavant, cit. 5, Bossuet).
Poét. La nature (→ Endormir, cit. 21, Baudelaire).
3 (Qualifié). La totalité des choses, des concepts d'un même ordre (considéré comme un aspect de l'univers). || Le monde de la pensée et le monde physique (→ ci-dessous, cit. 12, Montesquieu). || Monde matériel (cit. 2) et monde spirituel, moral. || Monde réel et monde idéal (cit. 2). || Monde extérieur (cit. 3), externe, sensible, visible, des apparences… (→ Centre, cit. 1, Pascal). || Monde intérieur (→ Éternité, cit. 5).Philos. || Monde intelligible (cit. 2), de l'intelligibilité (cit.), des essences, des idées (1.).
12 (…) il s'en faut bien que le monde intelligent soit aussi bien gouverné que le monde physique. Car, quoique celui-là ait aussi des lois qui, par leur nature, sont invariables, il ne les suit pas constamment (…)
Montesquieu, l'Esprit des lois, I, I.
4 Ensemble de choses, considéré comme formant un petit univers ( Microcosme), un domaine à part.Les mondes mentaux. || « Soyez-vous l'un à l'autre un monde toujours beau (…) / Tenez-vous lieu (cit. 35) de tout (…) » (La Fontaine). || Le monde affectif (cit. 2), des émotions, des fantaisies, de l'illusion (cit. 31). || Des mondes d'idées, intellectuels. || Le monde surnaturel, des fées (cit. 3). || Le monde mental des primitifs…Le monde de la folie (cit. 19), de la faim (cit. 8).Le monde lyrique (cit. 5), poétique, de l'art. || Le monde du fantastique, monde « à l'envers » (→ Message, cit. 2).
13 Quand on passe de Cinna à Polyeucte, on se trouve dans un monde tout différent.
Voltaire, Commentaire sur Corneille, Polyeucte, Préface du commentateur.
14 C'est tout un monde que chacun porte en lui ! un monde ignoré qui naît et qui meurt en silence !
A. de Musset, Fantasio, I, 2.
15 J'attire les fous et les animaux. Est-ce parce qu'ils devinent que je les comprends, parce qu'ils sentent que j'entre dans leur monde ?
Flaubert, Correspondance, 96, 26 mai 1845.
(Dans le domaine matériel). || « L'étang où pullule un monde mystérieux » (→ Libellule, cit.). || Le monde du silence, des fonds sous-marins. || Le monde végétal (→ Horticulture, cit.). || Le monde des abeilles. || Le monde invisible des radiations.
16 Dans la tombe de Goya est enterré l'ancien art espagnol, le monde à jamais disparu des toreros, des majos, des manolas, des moines, des contrebandiers, des voleurs, des alguazils et des sorcières, toute la couleur locale de la Péninsule.
Th. Gautier, Voyage en Espagne, p. 89.
5 Par métaphore. Ensemble complexe et important. || C'est un véritable monde que cette affaire (Académie). || Paris, cette ville est un monde. || Ce paquebot, ce grand magasin est un monde…
17 C'était un coin perdu du vaste monde où s'agitait le peuple du Bonheur des Dames.
Zola, Au Bonheur des Dames, XII.
6 Loc. fig. Faire tout un monde de qqch., toute une affaire. || Il s'en fait un monde, tout un monde. Exagérer (s'). — ☑ Pour un monde : en échange de l'empire sur un monde, de toutes les richesses d'un monde (→ Pour tout l'or du monde).
18 (…) c'est une cohue à se casser le cou. Pourquoi donc n'y venez-vous pas ? Je n'y manquerais pas pour un monde.
A. de Musset, Un caprice, III.
Fam. C'est un monde ! : c'est énorme, exagéré (pour marquer l'indignation). — ☑ Il y a un monde entre… Abîme, distance.
18.1 — Regarde-moi ces emmanchés, ils viennent de gauche, ils ont un stop, et tu crois qu'ils s'arrêteraient ? Mais c'est un monde ça (…) Je te leur en foutrais des permis (…)
Claude Courchay, La vie finira bien par commencer, p. 166.
———
II (V. 1155). La terre, habitat de l'homme; l'humanité.
1 La planète Terre. Globe (cit. 8), terre. || L'axe (cit. 2) du monde. || Formation, changement du monde (→ Géologie, cit. 2). || La vieillesse du monde. || La fin (cit. 16) du monde.
19 Eh quoi, le monde tourne, et mon bol, et ce livre
Que je tiens dans ma main, Ô ciel tu es donc ivre ?
P.-J. Toulet, Contrerimes, LXXXII.
Spécialt. La surface terrestre, où vivent les hommes. || Les cinq parties du monde. Continent (→ Globe, cit. 11; inonder, cit. 11). || Carte du monde. Mappemonde.Qui concerne le monde entier. Mondial, universel. || Citoyen du monde. Cosmopolite. || Courir (cit. 61, fig.), parcourir le monde, le vaste monde. || Tour du monde, voyage autour du monde. || Le monde est grand (cit. 14 et 16). — ☑ Loc. fam. Le monde est petit, bien petit !, se dit lorsqu'on rencontre quelqu'un à l'improviste, dans un lieu où l'on ne l'attendait pas.(Par rapport à un lieu privilégié).« Paris, centre, nombril du monde » (→ Maelstrom, cit. 2), et (en concevant le monde comme une surface plane), le centre, les confins, les extrémités du monde; les bouts du monde. — ☑ Loc. C'est le bout (cit. 22 et supra) du monde.Les quatre coins du monde : tous les continents. — ☑ Loc. Aller (cit. 18) par le monde. — ☑ De par le monde : à travers la terre entière (→ Action, cit. 22; formalité, cit. 9).Nouvelles du monde. || D'un peu partout dans le monde… || Le plus grand (cit. 21) barrage du monde (cf. angl. In the world; et les loc. ci-dessous, 6.). || Les sept merveilles, la huitième (cit. 1 et 2) merveille du monde.Conquérir le monde (→ Avidité, cit. 3).
20 La puissance dépend de l'empire de l'onde;
Le trident de Neptune est le sceptre du monde.
A. Lemierre, le Commerce (1756), in Guerlac.
21 Le temps du monde fini commence. Le recensement général des ressources (…) le développement des organes de relation se poursuivent. Quoi de plus remarquable et de plus important que cet inventaire, cette distribution et cet enchaînement des parties du globe ?
Valéry, Regards sur le monde actuel, p. 25.
|| « Le meilleur (cit. 11) des mondes possibles » (Voltaire). — ☑ Loc. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes (Maxime des optimistes).
Champion, championnat du monde. || Miss Monde.
Titre donné à des journaux, des périodiques. || Le Monde (cf. aussi l'Univers, le Globe, etc.).
L'Ancien Monde : le monde tel qu'il était connu des anciens (Europe, Afrique et Asie).Le Nouveau Monde : l'Amérique (→ Dépeupler, cit. 2). || La Revue des Deux Mondes (fondée en 1829).Par ext. Partie de la terre, continent, pays. || Aller chercher d'autres mondes (→ Hirondelle, cit. 1). || Chercheurs (cit. 1) de nouveaux mondes. || « Les soleils et les pluies de tous les mondes » (→ Incorruptible, cit. 2).
22 Notre monde vient d'en trouver un autre (et qui nous répond si c'est le dernier de ses frères […] ?), non moins grand, plein et membru que lui, toutefois si nouveau et si enfant qu'on lui apprend encore son a, b, c (…) Si nous concluons bien de notre fin (…) cet autre monde ne fera qu'entrer en lumière quand le nôtre en sortira.
Montaigne, Essais, III, VI.
23 Dans le nouveau monde, M. de La Fayette a contribué à la formation d'une société nouvelle; dans le monde ancien, à la destruction d'une vieille société (…)
Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, t. VI, p. 273.
2 Relig., mystique. || Le monde, ce monde, le (ce) bas (cit. 9) monde (→ Intempérie, cit. 2), opposé à l'autre monde, que les âmes sont censées habiter, après la mort. Au-delà. || En ce monde et dans l'autre (→ Achever, cit. 12; espérance, cit. 27). || L'homme, limite de deux mondes (→ Frontière, cit. 7; invisible, cit. 3). — ☑ Loc. cour. Mépriser les biens de ce monde.Passer dans l'autre monde. Mourir. Envoyer, expédier qqn dans l'autre monde, le tuer (→ Dépêcher, cit. 3).Il n'est plus de ce monde : il est mort. || Il est dans un monde meilleur.
24 Enfin, si l'autre monde a des charmes pour vous,
Pour moi, je trouve l'air de celui-ci fort doux (…)
Molière, le Dépit amoureux, V, 2.
25 Il y a deux mondes : l'un où l'on séjourne peu, et dont l'on doit sortir pour n'y plus rentrer; l'autre où l'on doit bientôt entrer pour n'en jamais sortir.
La Bruyère, les Caractères, XVI, 31.
25.1 Il est en moi des principes de religion, qui, grâces au Ciel, ne me quitteront jamais; si la Providence me rend pénible la carrière de la vie, c'est pour m'en dédommager dans un monde meilleur.
Sade, Justine…, t. I, p. 36.
26 (Aux yeux du christianisme) la vie que les Romains tinrent pour réelle n'est pas la vraie. Et pour que la vraie vie soit figurée, il faut qu'elle échappe au réel. Il ne s'agit plus de peindre le monde, mais l'Autre Monde. Une scène ne vaut d'être représentée que dans la mesure où elle participe de cet autre monde.
Malraux, les Voix du silence, p. 210.
Allus. évang. || « Vous êtes de ce monde, et moi je ne suis pas de ce monde » (Jean, VIII, 23). || « Mon royaume n'est pas de ce monde » (Jean, XVIII, 36). — ☑ Loc. Ce monde est une vallée de larmes. || Mépriser (cit. 4) les biens de ce monde.
27 Il avait, au plus haut degré, ce que Nietzsche appelle « le sens de la Terre ». Aucun souverain n'a été aussi convaincu que son royaume était de ce monde, et rien que de ce monde.
Louis Bertrand, Louis XIV, III, I.
Loc. De l'autre monde : de l'au-delà, et, aussi, d'un temps très ancien.Fig. || Raconter des histoires de l'autre monde, avoir des idées de l'autre monde, très étranges, incompréhensibles.
28 Et il n'y a plus là-dedans des histoires de curé, des choses de l'autre monde, le droit, la justice qu'on n'a jamais vues, pas plus qu'on n'a vu le bon Dieu ! Non, il n'y a que le besoin que nous avons tous d'être heureux…
Zola, la Terre, IV, V.
3 (Le Monde, lieu et symbole de la vie humaine). || Au monde. a Mettre (cit. 22) un enfant au monde. Accoucher, enfanter (→ Déchirement, cit. 2; 1. mère, cit. 11).
b Mettre au monde : créer. || Mettre au monde un roman, une œuvre.
c Venir au monde. Naître (→ Apporter, cit. 24). || Depuis qu'il est au monde.Être seul au monde, dans la vie.
4 La société, la communauté humaine vivant sur la terre; le genre humain. Humanité; communion (humaine), genre (humain), société. || Histoire du monde (→ Loterie, cit. 4). || « L'histoire du monde est le tribunal du monde » (Hegel). || Les annales (cit. 5) du monde. || Loi (cit. 36) vieille comme le monde. — ☑ Loc. fam. C'est vieux comme le monde. — ☑ Au premier matin du monde (→ Maîtrise, cit. 1). — ☑ Loc. Depuis que le monde est monde : depuis toujours; de mémoire d'homme (→ Jeu, cit. 24). — ☑ Les sentiments, les passions, les idées (cit. 64) qui gouvernent (cit. 20 et 21), mènent le monde. || Ce je-ne-sais-quoi qui remue le monde (→ Amour, cit. 10). || Bouleverser (cit. 5), changer (cit. 18) le monde.La marche, l'évolution du monde. || Le monde va, marche vers… (→ Américanisme, cit.; lenteur, cit. 2). — ☑ Loc. Ainsi va le monde.Du train où va le monde…
29 Il se tire une merveilleuse clarté, pour le jugement humain, de la fréquentation du monde (…) On demandait à Socrate d'où il était. Il ne répondit pas : D'Athènes, mais : Du monde. Lui (…) embrassait l'univers comme sa ville, jetait ses connaissances, sa société et ses affections à tout le genre humain (…)
Montaigne, Essais, I, XXVI.
30 L'expérience m'a convaincu que ce monde est une espèce de bois infesté de brigands (…)
D'Alembert, Mélanges, Œ. compl., t. V, « Réflexions sur l'histoire ».
Loc. À la face (cit. 65) du monde : ouvertement, au vu et au su de tous.
Par métaphore. || Le monde est un champ de bataille (→ Bivouaquer, cit. 2); un égout (cit. 5, Musset) sans fond…Le savoir est le flambeau (cit. 13) qui éclaire le monde.La liberté éclairant le monde.
5 La société, telle qu'elle se présente à une époque donnée ou dans un milieu géographique déterminé. || Vivre dans un monde dur, cruel, sans espoir (cit. 19). || L'avènement (cit. 4) d'un monde meilleur (cit. 7).La fin (cit. 10) d'un monde, d'une époque, d'un état social, d'un régime… || Passage d'un monde à un autre (→ Franchir, cit. 16). || Le monde ancien; le monde moderne, actuel. || Regards sur le monde actuel, ouvrage de Valéry.Le monde antique, grec (cit. 4), chrétien. || Le monde anglo-saxon, oriental. || Le monde capitaliste et le monde communiste. || Le monde libre (→ Logistique, cit. 2) : les démocraties libérales.(D'après Tiers État). || Le tiers monde (ou tiers-monde, ou Tiers-Monde).
31 Je suis venu trop tard dans un monde trop vieux.
A. de Musset, Poésies nouvelles, « Rolla », I.
Loc. Il faut de tout pour faire un monde (se dit pour excuser l'état ou les goûts des gens).
32 Elle admettait tout, les méchantes gens et les sots. Elle disait : — Faut de tout, pour faire un monde.
R. Rolland, Jean-Christophe, La foire sur la place, I, p. 810.
C'est le monde renversé; le monde à l'envers (se dit pour désigner une dérogation à l'ordre normal des choses dans une société donnée).
33 (…) nous rions du prévenu qui fait de la morale au juge, de l'enfant qui prétend donner des leçons à ses parents, enfin de ce qui vient se classer sous la rubrique du « monde renversé ».
H. Bergson, le Rire, p. 72.
6 Monde, « terme augmentatif des affirmations ou négations » (Furetière).
Du monde (renforçant un superlatif). || Le meilleur, le plus grand… du monde (→ Air, cit. 8; aise, cit. 16). || La plus belle fille du monde… || « Le meilleur fils du monde » (→ Batteur, cit. 3, Rabelais).Vx. (Du monde étant placé entre le substantif et le superlatif). || « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée » (Descartes). || La chose du monde la plus assommante (cit. 4). || « Vous êtes l'homme du monde que j'estime le plus » (Molière, le Bourgeois gentilhomme, III, 4).REM. Cette tournure est caractéristique du langage galant et précieux du XVIIe s. — ☑ Mod. Le mieux (cit. 18 et supra) du monde.Le moins, pas le moins du monde.
34 — Je suis la plus trompée du monde, ou il y a quelque amour en campagne (…) — (…) je suis la plus ravie du monde de vous voir dans ces sentiments (…)
Molière, le Bourgeois gentilhomme, III, 7.
35 — Voulez-vous me prendre mon cheval ? cria-t-il. — Pas le moins du monde (…)
Stendhal, la Chartreuse de Parme, I, IV.
(Après tout). || Il y a toutes les apparences (cit. 42) du monde.Pour tout l'or du monde.
(1634). Au monde (renforçant tout, rien, aucun…). → Alarme, cit. 8; agilité, cit. 4. || Pour rien au monde… Jamais. || Faire tout au monde pour… Efforcer (s').La seule chose utile au monde (→ Jouissance, cit. 3). || Unique au monde (→ Flatter, cit. 28).
36 Le seul bien qui me reste au monde
Est d'avoir quelquefois pleuré.
A. de Musset, Poésies nouvelles, « Tristesse ».
———
III Aspect ou portion de la société; vie en société, opposée à d'autres aspects de la vie humaine.
1 (XIVe). Relig., mystique. La vie profane; vie « des hommes qui ont les mœurs peu sévères du siècle » (Littré); ces hommes; leur vie. Siècle; mondain (1.). || « Honteux attachements de la chair et du monde » (→ Honneur, cit. 114). || Attachements (cit. 5) du monde (→ Attacher, cit. 18 et 48). || Il faut que le monde vous désabuse (cit. 2, Bossuet) du monde. || Le monde et ses pompes. || Renoncer au monde; hors du monde (→ Ascétisme, cit. 2).
37 (…) il fallait autrefois sortir du monde pour être reçu dans l'Église : au lieu qu'on entre aujourd'hui dans l'Église au même temps que dans le monde. On connaissait alors par ce procédé une distinction essentielle du monde d'avec l'Église. On les considérait comme deux contraires, comme deux ennemis irréconciliables (…)
Pascal, Opuscules, III, XVII.
38 S'imaginer que la plupart des trappistes ont vécu dans le monde est une erreur. Cette idée, si répandue, que des gens se réfugient dans les trappes après de longs chagrins, après des existences désordonnées, est absolument fausse.
Huysmans, En route, p. 241.
Spécialt. Vie séculière, par oppos. à la vie monastique.
2 (XIIIe). La vie en société, considérée surtout dans ses aspects de luxe et de divertissement (par oppos. à la solitude, au désert, à la vie rurale d'une part, et au travail, à la pauvreté d'autre part, les conditions sociales de l'époque classique mettant l'accent sur le premier élément, celles de l'époque moderne sur le second); l'ensemble de ceux qui vivent cette vie. Mondain, mondanité.|| « Le tourbillon qu'on appelle le monde » (→ Étourdi, cit. 8). || « Le monde est un grand bal » (cit. 11). || En marge (cit. 8) du monde, loin du monde. || Vivre dans le monde (→ Jouer, cit. 62; lécher, cit. 9). || « Il en coûte trop cher pour briller dans le monde ». → Pour vivre heureux vivons cachés (cit. 54). || Faire figure (cit. 14.3), être répandu dans le monde, dans les salons. || Le monde et la cour, au XVIIe siècle (→ 1. Fou, cit. 10).Entrer dans le monde, entrée (cit. 7 et 8) dans le monde. || Se lancer (1. Lancer, cit. 40) dans le monde.On dit dans le même sens : || Le beau (cit. 27), le grand monde. Aristocratie, gentry. Iron. || Le faux monde (→ Galvauder, cit. 4). || Monde mêlé. aussi Demi-monde.Le monde où l'on s'ennuie, comédie de Pailleron.
39 Moi, renoncer au monde avant que de vieillir.
Et dans votre désert aller m'ensevelir !
Molière, le Misanthrope, V, 4.
40 Quiconque a vu des masques dans un bal, danser amicalement ensemble, et se tenir par la main sans se connaître, pour se quitter le moment d'après, et ne plus se voir ni se regretter, peut se faire une idée du monde.
Vauvenargues, Maximes et réflexions, 330.
41 N'ayant jamais pu réussir dans le monde, il se vengeait par en médire.
Voltaire, Zadig, IV.
42 Heureux qui jouit agréablement du monde ! plus heureux qui s'en moque et qui le fuit !
Voltaire, Correspondance, 3425, 20 janv. 1769.
43 (…) des gens puissants qui ont du crédit et des dignités, et qui composent ce qu'on appelle le grand monde (…)
Marivaux, Vie de Marianne, V.
44 M… disait que le grand monde est un mauvais lieu que l'on avoue.
Chamfort, Maximes, Sur la noblesse, 35.
45 Un philosophe à qui l'on reprochait son extrême amour pour la retraite, répondit : « Dans le monde, tout tend à me faire descendre; dans la solitude, tout tend à me faire monter »
Chamfort, Caractères et anecdotes, « Amour de la retraite ».
46 Quant à moi, j'ai de grands projets de dissipation : je compte aller beaucoup dans le monde (…)
Stendhal, la Chartreuse de Parme, II, XVII.
47 (…) le terrible Paris, voilà mon excuse à moi, j'attends la tienne. Oh ! le monde, quel gouffre. Ne t'ai-je pas dit déjà que l'on ne pouvait être que Parisienne à Paris ? Le monde y brise tous les sentiments, il vous prend toutes vos heures, il vous dévorerait le cœur si l'on n'y faisait attention.
Balzac, Mémoires de deux jeunes mariées, Pl., t. I, p. 252.
48 Puis, voulant connaître enfin cette chose vague, miroitante et indéfinissable qu'on appelle le monde, il demanda par un billet aux Dambreuse, s'ils pouvaient le recevoir.
Flaubert, l'Éducation sentimentale, II, II.
49 Sur tout ce qui touchait au « monde », il avait des prétentions et des sévérités intraitables. Il était très persuadé qu'au moins parmi ceux qui tiennent une plume, il était le seul qui connût le « monde » et qui pût en parler sans ridicule. Des expressions comme « le monde », « les gens du monde », « les femmes du monde » prenaient à ses yeux une valeur mystique.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. III, XVIII, p. 240-241.
49.1 Car pour la même raison que de grands événements n'influent pas du dehors sur nos puissances d'esprit, et qu'un écrivain médiocre vivant dans une époque épique restera un tout aussi médiocre écrivain, ce qui était dangereux dans le monde c'était les dispositions mondaines qu'on rapporte.
Proust, le Temps retrouvé, p. 918-919.
Loc. Homme, femme du monde, de la haute société, qui a des manières raffinées (→ Alliance, cit. 13; causer, cit. 3); gens (1. Gens, cit. 5) du monde, du beau, du meilleur (cit. 14) monde.
Absolt, vx. La pratique de la vie mondaine. || Usage du monde. || Savoir le monde (→ Gouverne, cit. 1). || Avoir du monde; manquer de monde (Rousseau, les Confessions, VI). || « De paisibles campagnards sans monde et sans politesse » (Rousseau, la Nouvelle Héloïse, V, 2). || « Être peu du monde » (→ Cour, cit. 11).
50 (…) il a de l'esprit. C'est dommage que cet enfant-là n'ait pas un peu plus de monde.
Abbé Prévost, Manon Lescaut, I.
51 Sa réponse fut celle d'un homme qui a du monde, et des sentiments (…)
Abbé Prévost, Manon Lescaut, I.
52 J'ai du monde, et je sais ce que c'est que la vie.
Th. Gautier, Mlle de Maupin, XIV.
3 Milieu ou groupement social particulier. || Le monde des affaires, des lettres (cit. 39), des arts, du spectacle, du turf. || Le monde joyeux de la bohème (→ Existence, cit. 11). — ☑ Le pauvre monde : les gens simples, le peuple. — ☑ Fig. Le petit monde (vieilli) : les gens du commun.(Dans un autre sens). Les enfants (Théâtre du Petit Monde).
52.1 Cette personne, très remarquable à tous égards, et que je connaissais pour l'avoir beaucoup rencontrée dans le monde, était un homme que je vous demanderai la permission d'appeler le vicomte de Brassard. Précaution probablement inutile ! Les quelques centaines de personnes qui se nomment le monde à Paris sont bien capables de mettre ici son nom véritable (…)
Barbey d'Aurevilly, les Diaboliques, p. 13.
53 Mon univers avait été jusqu'alors étroit et monotone. De ma province, j'avais mal compris les liens secrets qui unissent le monde politique, le monde financier, le monde littéraire, le monde mondain.
A. Maurois, Mémoires, I, XV.
Être du même monde. Milieu. || Il n'est pas de notre monde.
54 Est-elle de « notre monde », disait Sabine, cette petite, pour oser m'appeler « Sabine », toute ma sœur de lait qu'elle est ?
M. Jouhandeau, Tite-le-Long, p. 152.
———
IV Par ext. Les hommes.
1 Le monde, du monde : les gens, des gens, un certain nombre de personnes (→ fam. Du peuple, du populo…). || J'entends du monde dans la rue (→ Grouiller, cit. 11). || N'entrez pas, il y a du monde dans son bureau. || Il y a du monde ?, quelqu'un ? || Amuser le monde. Galerie. || Écarter, bousculer le monde. Foule. || Devant le monde : en public (→ Fond, cit. 33). || C'est incroyable ce que le monde peut être méchant !Spécialt. Beaucoup de gens. || Spectacle où il y a du monde. || Il y a un monde fou. Foule. — ☑ Loc. fam. Il y a du monde au balcon ! (en parlant d'une femme à la poitrine opulente).
55 À force de façons, il assomme le monde (…)
Molière, le Misanthrope, II, 4.
56 Il eut grand'peine à regagner sa place (…) — J'ai cru, ma foi, que j'y resterais ! Il y a un monde !… un monde ! (…)
Flaubert, Mme Bovary, II, XV.
57 — Hoffmann était un homme qui avait vu du monde, et de toutes les sortes (…)
Th. Gautier, Souvenirs de théâtre…, « Contes d'Hoffmann ».
58 Du monde entra qui me sépara d'elle.
Gide, la Porte étroite, IV.
(V. 1750, Vadé). Se ficher, se foutre (cit. 10), se moquer du monde, des gens : ne pas être sérieux.
58.1 (…) comme nous prenions rendez-vous pour le lendemain soir à la gare de Lyon et que je m'étonnais de ce moyen de transport chez un homme si moderne, il m'expliqua, toujours séraphique : « Ma femme m'interdit l'avion. C'est merveilleux d'être ainsi aimé. » Et je ne pus savoir s'il se foutait du monde.
Maurice Clavel, le Tiers des étoiles, p. 39.
Fig., argot. Il y a (y a) du monde : c'est important, efficace, puissant (en parlant d'un moteur, notamment). || « L'habitué des circuits automobiles ajoutera peut-être “Y a du monde !” pour exprimer que sa puissance (de la voiture) est de 46 chevaux… » (le Monde, Publicité Renault, 8-9 oct. 1967).
Spécialt. || Avoir du monde chez soi (→ Ça, cit. 5), des invités.
59 (…) dès qu'on a le moindre monde, on ne lit plus (…)
Mme de Sévigné, 1237, 23 nov. 1689.
Fam. (Avec un qualificatif). || Drôle de monde ! || Emmenez-moi tout ce joli monde au dépôt !
Beaucoup (cit. 4), peu, trop de monde. || Un grand monde : beaucoup de monde. || Il n'y a pas grand monde.
60 Marche-t-il dans les salles, il se tourne à droite, où il y a un grand monde, et à gauche, où il n'y a personne (…)
La Bruyère, les Caractères, IX, 48.
Vieilli. || Un monde de… : une multitude, un grand nombre de… || Un monde d'ennemis.
61 Ce monde d'alliés vivants sur notre bien.
La Fontaine, Fables, XI, 1.
62 Ces flots de courtisans, ce monde de flatteurs (…)
Voltaire, les Guèbres, I, 1.
2 (1180). Tout le monde : chacun. — ☑ Prov. On ne peut contenter (cit. 3) tout le monde et son père. || « Bête comme tout le monde » (→ Accorder, cit. 12). || « Ami (cit. 22) de tout le monde ». || Il ne peut jamais faire comme tout le monde. || Il raconte son histoire à tout le monde (→ À tout-venant). — ☑ Prov. La rue est à tout le monde.Tout le monde se construit avec le singulier. || Tout le monde fait, dit… (→ Assembler, cit. 7; médiocre, cit. 6). || Tout le monde est servi ?
63 — (…) vos façons de faire donnent à rire à tout le monde. — Qui est donc tout ce monde-là (…) ? — Tout ce monde-là est un monde qui a raison (…)
Molière, le Bourgeois gentilhomme, III, 3.
64 Il y a quelqu'un qui a plus d'esprit que Voltaire, c'est tout le monde.
Talleyrand, Disc. 24 juin 1821, in Guerlac.
65 Aujourd'hui l'État c'est tout le monde. Or, tout le monde ne s'inquiète de personne. Servir tout le monde, c'est ne servir personne. Personne ne s'intéresse à personne.
Balzac, les Employés, Pl., t. VI, p. 970.
Spécialt. N'importe qui, le premier venu.Monsieur Tout-le-Monde.
66 (…) madame sort sans livrée ! Nous avons l'air de tout le monde !
Beaumarchais, la Mère coupable, I, 2.
67 Elle me regarda : — On peut dire que vous n'êtes pas comme tout le monde. — Merci, Léa. Seules, les femmes vous disent de ces choses; et pourtant c'est avec elles surtout qu'on est comme tout le monde.
Paul Morand, Ouvert la nuit, p. 140.
3 Spécialt. (Avec l'adj. poss.). Autrefois, Personnel au service de quelqu'un.REM. En ce sens de « domesticité », monde était critiqué par Vaugelas et défendu par l'Académie, au XVIIe s. — Rassembler, disposer (cit. 6) tout son monde. || Bien choisir son monde (→ Ambassadeur, cit. 4).Par ext. Les gens à qui on a affaire, que l'on reçoit, que l'on fréquente, que l'on emploie… || Il connaît bien son monde.
68 (…) il s'était mis au fait de tout et de tous, près de lui, loin de lui, en France, en Europe : il connaissait « son monde », savait le faible et le fort de chacun (…)
Louis Madelin, Hist. du Consulat et de l'Empire, Vers l'Empire d'Occident, VI.
4 Spécialt. Mar. L'équipage; une partie de l'équipage. || Mettre du monde à la manœuvre. || Tout le monde sur le pont !, en haut !Milit. La troupe, les hommes. || Le chef de section a disposé son monde à la lisière du bois.
DÉR. Mondial.
COMP. Mondovision. — Demi-monde. — Quart-monde, tiers-monde.
HOM. 2. Monde.
————————
2. monde [mɔ̃d] adj.
ÉTYM. XIIe; munde, v. 1155; lat. mundus « net, raffiné ».
Vx ou archaïsme. Littér. Pur.Relig. || Animaux mondes, que la loi juive permettait d'offrir en sacrifice.
CONTR. Immonde, impur.
HOM. 1. Monde.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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